Quatre Beatles, un seul album
Novembre 1973. Ringo Starr publie Ringo, son troisième album solo, et réalise un exploit qui n’avait jamais été accompli auparavant : faire enregistrer, sur un même album, les quatre ex-membres des Beatles, même s’ils ne jouent jamais tous ensemble en même temps. John Lennon compose et chante I’m the Greatest (et joue du piano sur la piste). George Harrison co-compose plusieurs titres et joue de la guitare. Paul McCartney compose Six O’Clock et joue sur la piste avec Linda McCartney. Ringo est le seul Beatle qui apparaît sur toutes les chansons.
La production est assurée par Richard Perry, l’un des producteurs les plus sophistiqués de la pop américaine de cette période. Perry comprend que Ringo n’est pas un virtuose du chant ni un compositeur prolifique, mais qu’il a quelque chose de rare et de précieux : une personnalité attachante et une chaleur humaine qui passe directement dans ses enregistrements. Sa façon de produire l’album consiste à trouver des chansons qui correspondent à cette personnalité et à les enregistrer avec des musiciens qui savent mettre en valeur ce que Ringo a naturellement.
Photograph, co-écrite par Ringo et George Harrison, est la chanson qui définit l’album. C’est une ballade simple et directe sur la nostalgie d’un amour passé, et le fait que la mélodie soit immédiatement mémorable et la production élégante sans être sophistiquée en fait un succès mondial. Elle monte au numéro un aux États-Unis et en Grande-Bretagne. You’re Sixteen, reprise d’un titre de Johnny Burnette, atteint également le numéro un américain.
L’homme le plus aimé du rock
Ringo Starr occupe dans l’histoire des Beatles une place qui a été souvent minimisée et qui mérite d’être réévaluée. Il n’est pas le compositeur de génie que sont Lennon et McCartney. Il n’est pas le guitariste mystique que sera Harrison. Mais il est le batteur qui a tenu ensemble pendant dix ans un groupe dont les tensions créatives et les personnalités exceptionnelles auraient pu faire exploser une formation moins solide rythmiquement.
Son style de batterie est reconnaissable entre tous : pas de solos démonstratifs, une façon de servir la chanson avec des rythmes qui semblent simples et qui sont en réalité très spécifiquement conçus pour chaque titre. La façon dont il joue sur Come Together ou sur Something est irremplaçable. Les reprises de ces chansons avec d’autres batteurs sonnent toujours différemment, moins bien, parce que ce que Ringo faisait était si bien adapté à ces chansons précises qu’il ne peut pas être séparé d’elles sans perte.
Ringo est son moment de gloire solo le plus complet. Il a le soutien de ses anciens partenaires, il a un producteur qui le comprend, et il a des chansons qui lui conviennent. L’album est chaleureux et festif, à l’image de son auteur.
La générosité des anciens partenaires
Le fait que Lennon, Harrison et McCartney aient tous accepté de participer à cet album dit quelque chose sur la relation affective qu’ils avaient avec Ringo, même dans les moments les plus tendus de leur séparation artistique et légale. S’il y avait un point sur lequel les quatre s’accordaient, c’était bien l’amitié pour Ringo.
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