1975 Album

One of These Nights

par EAGLES

4,0
Sortie 1975
Artiste EAGLES

En juin 1975, les Eagles publient leur troisième album, « One of These Nights », et quelque chose change définitivement dans l’équilibre de leur musique. Ce n’est pas une rupture : le groupe a toujours été une machine à chansons perfectionnée, capable d’écrire des mélodies qui restent et des refrains qui collent. Mais avec cet album, quelque chose s’assombrit légèrement, s’approfondit, dépasse le country rock ensoleillé de leurs débuts pour explorer des territoires plus complexes et plus adultes. Le résultat est leur album le plus cohérent jusqu’à ce point et l’un des plus importants du rock américain des années soixante-dix.

L’addition de Don Felder comme second guitariste est le changement de formation le plus significatif de cet album. Felder, guitariste de session floridien qui avait joué avec Crosby, Stills et Nash avant de rejoindre les Eagles, apporte une dimension électrique et une sophistication technique qui donnent au son du groupe une puissance nouvelle. Sa présence libère Glenn Frey et Bernie Leadon de certaines responsabilités guitaristiques, ce qui permet à chacun de se concentrer sur ses propres forces.

La chanson titre qui ouvre l’album est immédiatement reconnaissable comme l’une des grandes chansons des Eagles. Don Henley chante avec une intensité et une sensualité nouvelles, le riff de basse de Randy Meisner crée une pulsation irrésistible, et les guitares de Felder et Frey s’entrelacent avec une fluidité qui fait que l’ensemble semble aussi naturel qu’une respiration. « One of These Nights » a atteint la première place des charts américains et y est resté deux semaines. Ce succès était parfaitement mérité.

« Lyin’ Eyes » est peut-être la chanson la plus parfaite de l’album, celle qui a remporté le Grammy Award du meilleur groupe vocal pop. C’est une ballade country-rock narrative qui raconte l’histoire d’une femme prise entre une vie confortable et un amour impossible, avec une précision cinématographique et une mélodie qui semble sortir de la tradition folk américaine la plus profonde. Glenn Frey et Don Henley l’ont écrite en observant les femmes dans un bar de Los Angeles, et cette observation directe donne à la chanson une authenticité que les chansons écrites de façon plus abstraite n’atteignent pas toujours.

« Take It to the Limit » est la chanson de Randy Meisner, celle où le bassiste et chanteur, habituellement en retrait, prend le devant de la scène avec une voix de ténor d’une beauté saisissante sur les notes les plus hautes. La chanson est construite sur une tension entre le désir de continuité et la tentation de l’abandon, entre rester et partir, entre la sécurité et la liberté. Cette tension universelle explique pourquoi « Take It to the Limit » a touché autant de personnes à sa sortie et continue de le faire.

Bernie Leadon, l’un des fondateurs du groupe dont les racines dans la musique country et folk avaient défini le son des deux premiers albums, signe ici sa dernière contribution avant de quitter les Eagles. « I Wish You Peace », co-écrite avec sa petite amie de l’époque, est une chanson douce et gracieuse qui dit quelque chose sur l’état d’esprit dans lequel Leadon se trouvait. Son départ après l’album marque la fin d’une époque pour les Eagles, et la façon dont le groupe va évoluer vers un son plus rock avec Joe Walsh, qui le remplacera, sera l’un des grands tournants de l’histoire du groupe.

La production de Bill Szymczyk est à son meilleur sur cet album. Il a compris que les Eagles avaient besoin d’un son qui soit à la fois ample et précis, qui ait la chaleur acoustique de la musique country et la puissance électrique du rock, qui sonne grand dans les stades et intime sur une chaîne hi-fi. Cet équilibre est difficile à atteindre et Szymczyk y parvient avec une expertise qui sera encore plus évidente sur « Hotel California » deux ans plus tard.

« Hollywood Waltz » et « Journey of the Sorcerer » montrent des facettes différentes du groupe. La première est une chanson sur la superficialité de la scène musicale de Los Angeles, avec un humour qui n’est pas toujours présent dans la musique des Eagles. La seconde, composée par Leadon avec des arrangements de banjo électrique, est la pièce la plus expérimentale de l’album, celle qui préfigurait peut-être une direction que le groupe n’a finalement pas prise.

« One of These Nights » est l’album qui a préparé les Eagles à « Hotel California ». Il en a la maturité artistique, la cohérence de vision, la maîtrise technique. Ce qui manque encore, c’est peut-être la singularité thématique de l’album suivant, cette façon de traiter la Californie des années soixante-dix comme un état d’esprit autant que comme un lieu géographique. Mais « One of These Nights » est déjà un grand album, un album de musiciens au sommet de leurs capacités qui savent exactement ce qu’ils font et pourquoi. Le reste ne tardera pas à venir.

La note des passionnés

4,0 /5

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