Le train de la Californie

1973. Les Doobie Brothers publient The Captain and Me, leur troisième album, et deviennent en quelques mois l’un des groupes les plus populaires des États-Unis. Long Train Runnin’ sort en single et monte au numéro huit. China Grove lui succède et monte au numéro quinze. Deux hits majeurs sur un seul album, un son immédiatement reconnaissable, une énergie live qui s’entend même sur les enregistrements studio : les Doobie Brothers ont trouvé leur formule.

Long Train Runnin’ commence avec l’un des riffs de guitare les plus accrocheurs des années 1970 : une ligne rythmique simple, répétitive, avec un claquement de main et une basse qui pulse. Tom Johnston chante avec cette voix directe et légèrement rocailleuse qui est la marque du groupe à cette période. Le train du titre est à la fois un train réel et une métaphore : le groove de la chanson ressemble effectivement au balancement d’un train en marche, ce mouvement régulier et inexorable vers une destination indéterminée.

China Grove est plus mystérieuse. Johnston a dit avoir inventé le nom, mais une petite ville de Texas nommée China Grove existe bien. La chanson décrit une communauté avec un moine bouddhiste et un shérif, un mélange de cultures américaines qui fait sourire. C’est du rock très direct, avec un riff entêtant et un refrain qui s’installe dans la mémoire sans effort.

Ted Templeman et la production californienne

Ted Templeman produit l’album avec un sens aigu de ce qui rend un groupe de rock efficace en studio. Il avait travaillé avec Harpers Bizarre et les Beau Brummels, mais c’est avec les Doobie Brothers et, plus tard, avec Van Halen qu’il va construire sa réputation comme l’un des grands producteurs du rock américain des années 1970. Son approche est directe : capter l’énergie du groupe en live, ajouter juste ce qu’il faut de studio pour le rendre audible sur radio, et ne pas surproduire.

Patrick Simmons, guitariste et chanteur, apporte une dimension folk et country qui contraste agréablement avec le rock plus direct de Johnston. Sa guitare acoustique sur plusieurs titres de l’album donne une profondeur de texture qui empêche le disque de sonner de façon monolithique. Tiran Porter à la basse est solide et mobile à la fois, ancrant le son sans le rigidifier. Michael Hossack à la batterie a une façon de jouer les cymbales qui donne de l’air aux arrangements.

Le groupe à cette époque est très différent de ce qu’il sera quelques années plus tard quand Michael McDonald le rejoindra et en changera radicalement le son vers une soul-pop blanche beaucoup plus lissée. Le son de The Captain and Me est brut, direct, rock californien avec des influences country et blues. C’est le son d’un groupe qui fait ce qu’il aime faire sans trop se soucier du marché.

Les routes californiennes

Les Doobie Brothers sont nés à San Jose, dans la Silicon Valley, dans les premières années 1970. Leur public originel était les motards et les communautés de travailleurs de la banlieue californienne. Leur musique avait cette couleur : directe, sans snobisme, pas intello, mais pas non plus idiote. C’est du rock honnête fait par des musiciens qui aimaient jouer fort et bien.

The Captain and Me reste leur album le plus représentatif de cette période pré-McDonald. Les fans qui connaissent l’oeuvre du groupe le considèrent souvent comme leur meilleur disque : celui où tout était en place, où la formule était parfaite avant d’être modifiée, où le train roulait exactement à la bonne vitesse.

La note des passionnés

4,0 /5

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The Captain And Me