Takin’ It to the Streets
Takin’ It to the Streets, The DOOBIE BROTHERS (1976) : la métamorphose californienne
L’histoire des Doobie Brothers est celle d’un groupe qui s’est réinventé avec succès au milieu de sa carrière, sans perdre son public et en en gagnant un nouveau. Fondé à San Jose en 1970, le groupe a construit sa réputation sur un rock californien énergique, influencé par le rhythm and blues et le country rock. L’arrivée de Michael McDonald comme chanteur et claviériste en 1975 – remplaçant Tom Johnston contraint à l’arrêt pour raisons de santé – va transformer radicalement leur son. Takin’ It to the Streets, sorti en 1976 chez Warner Bros, est le premier album où cette transformation est pleinement réalisée.
L’arrivée de Michael McDonald
Michael McDonald est un chanteur, claviériste et compositeur d’une exceptionnel musicalité. Sa voix – grave, veloutée, avec une chaleur soul qui doit autant à Ray Charles qu’à Stevie Wonder – est radicalement différente de celle de Tom Johnston. Là où Johnston avait une approche directe et rocailleuse, McDonald apporte une sophistication harmonique et une expressivité soul qui orientent le groupe vers des territoires plus proches de la soul et du rhythm and blues que du rock classique.
La chanson titre « Takin’ It to the Streets » illustre parfaitement ce qu’il apporte. Construite sur une progression d’accords jazz, chantée avec une conviction profonde qui fait vibrer les graves de sa voix naturelle, portant un message social direct sur l’expérience des personnes défavorisées, la chanson est à mille lieues du rock de route qu’était le groupe auparavant.
It Keeps You Runnin’ et le groove californien
« It Keeps You Runnin' » est peut-être la chanson la plus mémorable de l’album. Elle combine le groove des frères Doobie avec les nouvelles couleurs que McDonald apporte, créant quelque chose de parfaitement équilibré entre l’ancien et le nouveau. Le riff de claviers qui ouvre la chanson est immédiatement reconnaissable, les guitares de Patrick Simmons et Jeff Baxter ajoutent une texture rock qui ancre le groove dans la tradition du groupe.
Jeff Baxter apporte lui aussi une dimension nouvelle. Ancien membre de Steely Dan, il a la sophistication harmonique et le goût pour les arrangements précis qui caractérisent le groupe de Becker et Fagen. Sa façon de jouer des solos – concis, mélodiquement cohérents avec la chanson – complémente parfaitement l’approche de McDonald.
La production et le son californien
Ted Templeman produit l’album avec l’expertise qui l’a rendu célèbre. Il comprend ce que chaque musicien apporte et comment organiser ces apports pour créer une cohérence d’ensemble. Le son de l’album est à la fois chaud et précis, typiquement californien dans sa façon de faire sonner les instruments avec une clarté naturelle.
Les harmonies vocales sont particulièrement soignées sur cet album. Les Doobie Brothers ont toujours été un groupe de voix multiples, et l’arrivée de McDonald ajoute une dimension supplémentaire à leur palette vocale. Les empilements de voix sur certains refrains sont d’une richesse qui rappelle les meilleurs moments de la soul américaine.
La transition réussie
Certains fans de la première heure des Doobie Brothers ont vu d’un mauvais oeil la transformation du son du groupe avec McDonald. Mais avec le recul, cette transformation apparaît comme ce qu’elle était : une évolution naturelle portée par l’arrivée d’un musicien exceptionnel. Takin’ It to the Streets est un album réussi qui ouvre la voie au très grand succès commercial de Minute by Minute en 1978. C’est la preuve qu’un groupe peut changer et rester grand.
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