Silk Degrees
par Boz SCAGGS
« Silk Degrees » est avec « Slow Dancer » la grande réussite commerciale de Boz Scaggs dans les années 70 : 5 millions d’exemplaires vendus. Toujours soul, il retrouve une approche nettement plus pop-rock avec certains titres de cet album : « Lido Shuffle » ou l’excellent « Lowdown » qui ont pour lui l’effet de révélateurs.
Texas, la soul et San Francisco
William Royce Scaggs naît à Ohio en 1944 et grandit à Dallas, Texas. Il rejoint un groupe de lycée avec Steve Miller (futur Steve Miller Band), part étudier à l’Université du Wisconsin, puis en Suède, puis passe par l’Afrique de l’Ouest avant de s’installer à San Francisco à la fin des années 60. Cette trajectoire géographique improbable lui donne une éducation musicale éclectique : la soul texane, le blues du Delta entendu dans les clubs de Dallas, la folk européenne, et enfin le rock californien de la Bay Area.
Son premier album produit par Jann Wenner (fondateur de Rolling Stone) et son association avec Steve Miller lui ouvrent des portes, mais c’est véritablement « Silk Degrees » qui marque sa percée commerciale. Le producteur Joe Wissert réunit autour de Scaggs des musiciens de studio parmi les meilleurs de Los Angeles, dont deux qui vont former l’un des groupes les plus importants des années 70 et 80 immédiatement après ces sessions.
David Paich, Jeff Porcaro et la naissance de Toto
David Paich joue des claviers sur « Silk Degrees ». Jeff Porcaro joue de la batterie. Ces deux musiciens de studio, recrutés pour leur excellence technique, enregistrent plusieurs des meilleures parties rythmiques et harmoniques de l’album, puis fondent Toto avec d’autres musiciens de la même génération. « Lowdown », « Lido Shuffle », « What Can I Say » : les arrangements que Paich crée pour ces chansons définissent un son sophistiqué, entre pop et R&B, qui sera la marque de fabrique de Toto.
« Lowdown » gagne le Grammy Award de la meilleure performance R&B en 1977. La chanson est construite sur un groove de basse hypnotique, avec des cuivres discrets et une ligne de piano qui s’infiltre dans le refrain avec une subtilité qui n’est audible qu’à la deuxième ou troisième écoute. Scaggs chante avec une voix soul douce et chaude qui n’a rien du cri de James Brown ou de l’urgence d’Otis Redding : il propose une soul de l’intériorité, d’une douceur qui n’est pas de la mollesse.
Lido Shuffle et la vitesse commerciale
« Lido Shuffle » est l’autre grand single de l’album, plus énergique que « Lowdown », avec un groove presque reggae dans la section basse et une mélodie de saxophone qui rend la chanson immédiatement reconnaissable. Elle atteint le numéro 11 du Billboard en 1977. Comme « Lowdown », elle est construite sur l’économie de moyens : pas trop de pistes, pas trop d’arrangements, juste l’essentiel pour que la chanson respire.
Boz Scaggs continuera d’enregistrer avec une régularité et une qualité constantes pendant les décennies suivantes, sans jamais retrouver exactement le succès commercial de « Silk Degrees ». Il s’en accommode avec la philosophie du musicien qui a toujours préféré la qualité à la quantité : « J’ai fait un grand album. Je n’en suis pas reparti convaincu d’en faire d’autres aussi bons. Je continue quand même. » C’est l’approche d’un artiste véritable, et « Silk Degrees » en est la meilleure preuve.
Plus de Boz SCAGGS
Voir la fiche artiste →La note des passionnés
Pas encore noté
Donnez votre note
Continuer l'exploration




