Sortie 1974
Artiste Boz SCAGGS

Slow Dancer, Boz SCAGGS (1974) : l’élégance tranquille

Boz Scaggs est l’un des artistes les plus sous-estimés de toute la musique populaire américaine des années soixante-dix. Ce chanteur et guitariste de Dallas, Texas, passé par l’Université du Wisconsin où il a côtoyé Steve Miller, a développé au fil des années un style musical qui défie la catégorisation facile : ni blues pur, ni soul conventionnel, ni pop mainstream, ni rock classique. Slow Dancer, sorti en 1974 chez Columbia Records, est l’avant-dernier album avant sa période la plus commercialement réussie (le massif Silk Degrees en 1976), et c’est peut-être son oeuvre la plus cohérente artistiquement.

La production de Johnny Bristol : la chaleur de Détroit à Los Angeles

Johnny Bristol, qui a co-écrit et produit des hits pour Motown dans les années soixante (« Someday We’ll Be Together » de Diana Ross and the Supremes, entre autres), apporte à Slow Dancer une expertise en matière de soul et de R&B que peu de producteurs de Los Angeles de l’époque pourraient égaler. Sa façon de construire les arrangements – cordes généreuses, cuivres précis, sections rythmiques profondément groovantes – donne à l’album une richesse sonore qui distingue immédiatement Scaggs de ses contemporains californiens.

La rencontre entre la sensibilité texane de Scaggs, ses références blues profondes, et l’expertise soul de Bristol est une alchimie parfaite. Les deux hommes partagent une compréhension intuitive de ce que signifie une belle chanson : des mélodies mémorables portées par des arrangements qui servent le texte plutôt que de le concurrencer.

Slow Dancer : la chanson titre

La chanson titre est l’exemple parfait du style Scaggs : une mélodie qui coule avec une facilité trompeuse, un texte simple mais juste, et une production qui l’habille sans la surcharger. La voix de Scaggs a une qualité particulière : douce et veloutée en surface, avec une texture légèrement rugueuse en dessous qui rappelle ses racines blues. Cette combinaison lui permet de passer de la ballade intime à la soul plus énergique sans jamais trahir son identité musicale.

Le slow dancer du titre est une métaphore pour une façon d’aborder la vie et la musique : avec patience, avec sensualité, sans précipitation. C’est une position esthétique qui s’oppose au rock spectaculaire de l’époque et qui rappelle les grandes traditions de la soul américaine la plus élégante.

Les musiciens de session : la crème de Los Angeles

La liste des musiciens qui jouent sur Slow Dancer est révélatrice de la scène musicale losangelienne des années soixante-dix. Les sessionmen qui gravitent autour des grands studios d’Enregistrement de la ville – les Wrecking Crew et leurs successeurs – apportent une précision et une polyvalence qui donnent à chaque arrangement une finition impeccable sans jamais perdre la chaleur humaine.

David Paich, qui fondera Toto quelques années plus tard, contribue aux claviers. Harvey Mason à la batterie. Ces musiciens sont des professionnels d’élite qui savent que leur rôle est de servir l’artiste, et ils le font avec un niveau d’excellence que peu d’autres villes musicales au monde pourraient rassembler en 1974.

L’antichambre du grand succès

Slow Dancer n’a pas été un succès commercial important. Mais il a servi à Scaggs de terrain d’expérimentation et de maturation artistique pour ce qui allait suivre. Les collaborateurs qu’il a rencontrés lors de ces sessions, la confiance qu’il a développée dans sa propre voix et son sens mélodique, vont directement nourrir Silk Degrees en 1976 et les hits comme « Lowdown » et « Lido Shuffle ».

L’auditeur patient qui découvre Slow Dancer avant Silk Degrees comprendra d’où vient tout ce qui va suivre. C’est l’oeuvre de quelqu’un qui sait exactement qui il est musicalement et qui affine lentement les outils pour le dire au plus grand nombre.

— Discographie —

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La note des passionnés

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