Sortie 1971
Artiste AMERICA

America. Londres, 1971. Trois jeunes hommes dont les peres sont des militaires americains en poste en Angleterre. Ils ont grandi entre deux pays, entre deux cultures, entre deux sons. Cette double appartenance est la source de leur originalite : ils sonnent americains en Angleterre, britishement sophistiques en Amerique. Le premier album d’America, sorti en decembre 1971, va conqurir les deux cotes de l’Atlantique et lancer l’une des carrieres les plus regulieres et les plus durables de la musique pop-rock des annees 1970.

Dewey Bunnell, Gerry Beckley et Dan Peek se sont rencontres dans les lycees americains de la region de Londres. Ils ont commence a jouer ensemble dans les corridors et les salles de repetition, decouvrant rapidement qu’ils pouvaient creer des harmonies vocales a trois qui rappelaient CSNY et les Beatles tout en etant completement les leurs. La comparaison avec Neil Young est immediate a la premiere ecoute : la voix de Bunnell a cette qualite nasale et high lonesome qui evoque immediatement le Canadien. Ce n’est pas une imitation. C’est une influence absorbee et transformee.

Ian Samwell produit l’album avec une sobriete parfaite. Samwell est un professionnel discret dont le curriculum vitae comporte des collaborations avec des artistes aussi differents que Cliff Richard et les Animals. Il comprend que la force d’America reside dans les voix et les guitares acoustiques, et il construit ses arrangements pour mettre ces elements en evidence sans les surcharger.

« A Horse With No Name » n’est pas sur la premiere edition de l’album mais sera ajoute apres son immense succes single en 1972. Le morceau est une meditation desertique d’une beaute austere, avec deux accords seulement et une melodie d’une simplicite hypnotique. Bunnell l’a ecrit en s’imaginant dans le desert de Sonora, qu’il n’avait jamais vu de sa vie a l’epoque. C’est la beaute de la grande chanson folk : elle peut creer des paysages que son auteur n’a pas traverses.

« I Need You » est la chanson de Beckley, plus pop et plus directe, avec une melodie accrocheur et un arrangement de guitares acoustiques qui rappelle les Beach Boys dans leur periode « Pet Sounds ». C’est une declaration d’amour simple et efficace, dans la grande tradition de la chanson pop anglophone. Beckley a un sens de la melodie instinctif et une voix claire qui equilibre le cote plus melancolique de Bunnell.

« Sandman » est l’autre grande reussite de l’album, un folk-rock avec une texture plus dense et des harmonies vocales elaborees qui montrent l’etendue des possibilites du trio. Les trois voix s’entrecroisent avec une precision qui trahit des heures de repetition et un sens inne de l’intonation. Les guitares acoustiques jouent des patterns complexes qui rappellent les techniques de picking appalachien.

Warner Bros. a signe le groupe sur la recommandation de leur manager David Geffen, fondateur du futur Asylum Records. Geffen avait un talent particulier pour reconnaître les artistes qui allaient plaire au grand public sans sacrifier l’integrite artistique. America etait exactement le genre d’artiste qu’il cherchait : accessibles, mediatiques, mais avec une vraie substance musicale.

La double appartenance culturelle du groupe continue d’informer toute leur discographie. Ils ne sont ni totalement americains ni completement britanniques. Ils habitent cet espace intermediaire entre les deux, et c’est precisement cet espace qui leur permet d’atteindre des publics que les artistes purement nationaux ne peuvent pas toujours toucher. Leur musique passe autant sur les radios de Manchester que sur celles de Memphis.

Cet album de debut a le son de sa epoque : propre, transparent, bien balance, avec ce gout pour les harmonies vocales claires et les guitares acoustiques qui caracterise le folk-rock du debut des annees 1970. Mais il a aussi quelque chose de durable qui explique qu’on l’ecoute encore cinquante ans plus tard avec le meme plaisir. Les bonnes melodie ne vieillissent pas. Et America en ecrit d’excellentes depuis le premier jour.

Sur X : @americaband

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