1967 Album

Younger Than Yesterday

par The BYRDS

4,0
Sortie 1967
Artiste The BYRDS

The Byrds, Younger Than Yesterday (1967): Le vol planant des oiseaux de Californie

Il y a des disques qui arrivent dans votre vie comme une bouffée d’air marin chargé de pollen psychédélique, et Younger Than Yesterday des Byrds est exactement ça. Février 1967, la Californie est en ébullition, le Summer of Love pointe le bout de son nez fleuri, et pendant que les Beatles préparent Sgt. Pepper dans les studios d’Abbey Road, les Byrds font quelque chose de plus discret, plus subtil, mais tout aussi révolutionnaire. Ils inventent le country-rock sans le savoir, ou plutôt, ils le font exprès mais sans le dire trop fort.

Sorti le 6 février 1967 sur Columbia Records, ce quatrième album studio du groupe est un chef-d’oeuvre de tension interne transformée en or musical. Car à l’époque, les Byrds ne s’aiment plus vraiment. Roger McGuinn fait la gueule à David Crosby, Chris Hillman ronge son frein, et Michael Clarke bat la caisse comme si chaque coup de baguette était destiné à quelqu’un en particulier. Mais cette friction, au lieu de faire exploser le groupe, produit des étincelles magnifiques. C’est souvent comme ça dans le rock: les meilleurs disques naissent dans la douleur et les engueulades.

La Jazzmaster de McGuinn contre le monde

McGuinn est un génie et il le sait. Son Rickenbacker 12 cordes avait déjà défini le son folk-rock des Byrds sur Mr. Tambourine Man et Turn! Turn! Turn!, mais en 1967, il cherche autre chose. Il a les yeux rivés vers les étoiles, littéralement. L’homme est fasciné par la conquête spatiale, par Coltrane, par Bach. Et ça s’entend sur So You Want to Be a Rock ‘n’ Roll Star, le morceau d’ouverture, une satire cinglante de l’industrie musicale qui sonne comme une provocation joyeuse, avec ses trompettes empruntées à Hugh Masekela et son riff de guitare qui pourrait faire danser des statues.

« Nous avons mis un an de frustrations dans cet album. Toutes les tensions du groupe, toute l’énergie qu’on ne pouvait pas exprimer autrement, ça s’est retrouvé dans la musique. » , Chris Hillman

Chris Hillman, justement. Le bassiste trop longtemps sous-estimé révèle ici ses talents de compositeur avec plusieurs titres qui préfigurent directement sa future aventure avec les Flying Burrito Brothers. Have You Seen Her Face est un bijou pop tendu comme un arc, avec ces harmonies vocales qui donnent la chair de poule. Time Between et The Girl With No Name annoncent l’americana avec une décennie d’avance. Hillman n’était pas juste un bassiste de service, il était un visionnaire qui composait dans sa salle de bain parce que c’était le seul endroit tranquille dans la maison commune du groupe.

Dylan, l’ombre tutélaire

Les Byrds ont toujours eu une relation fusionnelle avec Bob Dylan. Ils avaient transformé Mr. Tambourine Man en hit planétaire en 1965, ils avaient électrifié son folk, et Dylan lui-même reconnaissait qu’ils lui avaient montré comment jouer sa propre musique. Sur Younger Than Yesterday, on retrouve deux reprises dylanniennes, et pas les moins ambitieuses. My Back Pages, avec ce refrain hypnotique « I was so much older then, I’m younger than that now », donne son titre à l’album et s’impose comme l’une des plus belles interprétations de l’oeuvre de Dylan, toutes époques confondues. Cette juvénilité revendiquée, ce paradoxe temporel, c’est toute la philosophie de 1967: redevenir enfant pour mieux comprendre le monde d’adulte qui fout le camp.

L’autre reprise dylannienne, Everybody’s Been Burned, est signée David Crosby, et c’est là que les choses deviennent vraiment intéressantes. Crosby en 1967, c’est un homme en ébullition permanente. Il a les cheveux longs jusqu’aux épaules, un chapeau à larges bords, et des opinions tranchées sur tout, de la politique américaine à la philosophie orientale. Il impose ses compositions avec une arrogance créatrice qui agace McGuinn mais enrichit le disque. Renaissance Fair et Mind Gardens sont ses contributions, deux voyages psychédéliques qui prouvent que Crosby était, en 1967, l’un des songwriters les plus audacieux de sa génération.

Le psychédélisme discret et la naissance d’un genre

Ce qui est fascinant avec Younger Than Yesterday, c’est qu’il est psychédélique sans en faire des tonnes. Pendant que les Jefferson Airplane lâchent des acides sonores et que les Grateful Dead improvisent pendant vingt minutes, les Byrds restent concis, mélodiques, structurés. Même les morceaux les plus expérimentaux comme Mind Gardens, avec ses dissonances et ses structures anti-conventionnelles, conservent une certaine retenue californienne. C’est le psychédélisme en costume trois pièces, ce qui ne l’empêche pas d’être dévastateur.

L’album arrive dans les bacs quelques semaines seulement avant que la scène rock mondiale bascule définitivement avec Sgt. Pepper. En termes de timing, c’est presque cruel. Les Byrds ont sorti un chef-d’oeuvre et se sont retrouvés éclipsés par l’événement musical du siècle. Pourtant, les musiciens de l’époque savaient. Gram Parsons, qui rejoindrait le groupe l’année suivante et accélérerait la mutation country-rock, avait Younger Than Yesterday en boucle dans sa voiture. Neil Young y a puisé des leçons de guitare. Tom Petty a confessé que So You Want to Be a Rock ‘n’ Roll Star lui avait donné envie de faire du rock.

Le fun fact absolu de cet album: la pochette, avec les Byrds photographiés en costume pseudo-médiéval, a été réalisée pour un coût ridicule par rapport aux standards de l’époque. Le photographe, Barry Feinstein, avait capturé quelque chose d’essentiellement californien dans ces images, cette jeunesse dorée, bronzée, légèrement arrogante et infiniment talentueuse, posant comme des troubadours modernes quelque part entre Laurel Canyon et le Moyen-Âge imaginaire.

The Byrds - Younger Than Yesterday album cover

Cinquante-huit ans après sa sortie, Younger Than Yesterday reste l’un des albums les plus influents de la décennie, un pont tendu entre folk-rock et country-rock, entre pop et expérimentation, entre la côte Est de Dylan et la côte Ouest de Hollywood. Les Byrds allaient se désintégrer et se reformer plusieurs fois, Crosby allait fonder son propre supergroupe, McGuinn allait perpétuer le nom jusqu’à aujourd’hui, mais ce moment de 1967, ce flash de génie collectif malgré les tensions, reste irremplaçable. Comme dirait McGuinn lui-même avec sa douce ironie: ils étaient si vieux à l’époque, mais si jeunes maintenant.

La note des passionnés

4,0 /5

Pas encore noté

Donnez votre note

Continuer l'exploration

L'anthologie continue

Younger Than Yesterday