1966 Album

Fifth Dimension

par The BYRDS

4,0
Sortie 1966
Artiste The BYRDS

Les Byrds perdent leur boussole et trouvent leur cap

Juillet 1966. Les Byrds sortent leur troisieme album en dix-huit mois. Le rythme est infernal, mais Roger McGuinn, David Crosby et Gene Clark ont de la ressource. Sauf que Gene Clark a quitte le groupe en fevrier, epuise et panique par la phobire de l’avion qui lui interdit desormais les tournes americaines. Fifth Dimension se construit donc sans son compositeur le plus prolifique, et cela change tout.

McGuinn prend la main. Mais la vraie revolution de cet album n’est pas dans la composition, elle est dans la direction musicale. Fifth Dimension est le premier album rock mainstream a integrer serieusement les influences de John Coltrane et d’autres avant-gardistes du jazz. McGuinn, qui avait joue du banjo folk avant de se convertir a la guitare electrique sur les conseils de Jim Dickson, commence a appliquer les structures modales du jazz a la twelve-string Rickenbacker. Le resultat est quelque chose que personne n’avait fait avant: du rock psychedelique modal.

Le paradoxe spatial de Fifth Dimension

« 5D (Fifth Dimension) » ouvre l’album avec une question metaphysique posee a 120 battements par minute. McGuinn chante l’espace infini, les quatrieme et cinquieme dimensions, la relativite einsteinienne traduite en rock. Il n’est pas le premier a le faire, mais il est parmi les premiers a y croire vraiment. La guitare tourne sur elle-meme comme un astre. La basse de Chris Hillman est precise et solide, l’ancrage terrestre du voyage spatial.

« Eight Miles High » n’est pas sur cet album – elle avait ete single en mars 1966, puis incluse sur Fifth Dimension selon les marches. Mais son esprit est partout present. La chanson avait ete bannie des radios americaines pour usage presume de drogues alors qu’elle decrit simplement l’arrivee des Byrds a Londres en avion. « Eight miles high » est la croisiere transatlantique a huit mille metres d’altitude. La censure americaine, dans sa paranoïa, a transforme une description litterale en metaphore psychedelique et le groupe ne s’en est pas plaint.

David Crosby et les harmonies de la discorde

David Crosby est un personnage. En 1966, il est encore dans les Byrds, mais il commence a frotter les autres membres dans le mauvais sens. Ses opinions politiques s’expriment de plus en plus fort sur scene et dans la presse. Ses compositions deviennent plus etranges, plus personnelles. « What’s Happening?!?! » et « I See You » portent sa signature de facon reconnaissable: les harmonies vocales complexes qui ne resolvent pas de la maniere attendue, les textes qui posent des questions sans reponses.

La tension entre McGuinn et Crosby sera un moteur creatif pendant encore deux ans avant de devenir insupportable. Mais en 1966, sur Fifth Dimension, cette tension produit des eclairs. Les deux voix se cherchent, se trouvent, divergent et convergent dans des combinaisons qui n’appartiennent a aucun autre groupe de l’epoque.

Chris Hillman, a la basse, est souvent l’oublie de l’histoire des Byrds. A tort. Son jeu fonde et oriente, il permet aux architectures elaborees de McGuinn de ne pas s’envoler completement. Et ses propres compositions, qu’il commencera a apporter avec plus de confiance sur les albums suivants, montrent un songwriter de qualite que le format Byrds a longtemps contraint.

La grotte de Platon et le Sunset Strip

Il y a dans cet album une qualite particuliere: l’ambition intellectuelle assumee. « Mr. Spaceman » joue la comedie cosmique, c’est un morceau country-rock sur les petits hommes verts qui atterrissent dans les champs du Tennessee. La juxtaposition du serieux philosophique de « 5D » et de l’humour de « Mr. Spaceman » sur le meme disque dit quelque chose d’important sur ce que sont les Byrds en 1966: un groupe qui ne prend pas son propre serieux trop au serieux.

L’album se vend moins bien que les deux premiers. Le public apprecie la jingle-jangle de « Mr. Tambourine Man » et la folk electrifiee de Turn! Turn! Turn!. Ce nouveau Byrds qui cite Coltrane et lit Einstein les desoriente un peu. Mais Fifth Dimension est peut-etre l’album des Byrds qui a eu la plus grande influence sur les musiciens qui l’ont ecoute dans les coulisses. Le country-rock des annees 70, le rock progressif, le vol libre des guitares de Tom Verlaine vingt ans plus tard: il y a un fil direct qui passe par ces six faces de vinyle.

En 1966, personne ne l’appelle psychedelique. Le mot n’est pas encore dans la bouche de tout le monde. Mais l’effet est la: cette musique ouvre une porte, et derriere la porte il y a un espace qui n’existait pas avant. Fifth Dimension est une cle.

Michael Clarke et la batterie au service de l’espace

Michael Clarke est le membre des Byrds dont on parle le moins. A tort. Sa batterie sur Fifth Dimension a cette qualite rare: elle ne remplit pas l’espace, elle le mesure. Sur « 5D », ses coups de caisse claire tombent comme des points de ponctuation dans une phrase longue et complexe. Sur « John Riley », une chanson folk traditionnelle transformee en quelque chose de presque medieval, ses cymbales font penser a un carillon lointain. Clarke n’est pas Ginger Baker. Il ne veut pas l’etre. Mais dans le contexte des Byrds de 1966, son economie est une vertu.

Le batteur avait ete recrute par le groupe en partie parce qu’il ressemblait a Brian Jones des Rolling Stones. C’est une histoire qui circule depuis longtemps et que les membres des Byrds n’ont pas dementie. Le look avant le talent, puis le talent qui suit. Clarke prendra ses annees d’apprentissage serieusement et deviendra un batteur solide sinon exceptionnel. Mais son apport sur Fifth Dimension est indeniable: il donne a l’album sa respiration particuliere, ce sentiment que la musique a le temps, qu’elle n’est pas pressee d’arriver quelque part.

La note des passionnés

4,0 /5

Pas encore noté

Donnez votre note

Continuer l'exploration

L'anthologie continue

Fifth Dimension