1965 Album

Mr. Tambourine Man

par The BYRDS

4,0
Sortie 1965
Artiste The BYRDS
Genres folk rock

Douze cordes qui ont changé la face du rock

Los Angeles, début 1965. Cinq jeunes gens à la coupe au bol et aux lunettes carrées s’enferment dans les studios Columbia de Hollywood. Ils s’appellent les Byrds. Ils n’ont à peu près aucune expérience du studio, mais ils ont une arme secrète: une guitare Rickenbacker à douze cordes dans les mains de Jim McGuinn (qui ne deviendra Roger qu’en 1967). Le son qui en sort, ce carillon argenté, ce jingle-jangle scintillant, va devenir la signature d’une décennie. Quand l’aiguille tombe sur « Mr. Tambourine Man », quelque chose bascule: le folk américain vient de se brancher sur le secteur, et le mot « folk rock » est sur le point d’être inventé par la presse pour décrire exactement ça.

L’astuce, géniale et un peu vache, c’est que sur le single titre, les Byrds ne jouent presque pas. Le producteur Terry Melcher, fils de Doris Day, ne fait pas confiance à ces gamins et convoque la Wrecking Crew, l’élite des musiciens de studio de LA: Hal Blaine à la batterie, Larry Knechtel à la basse, Leon Russell au piano. Seul McGuinn est autorisé à poser sa Rickenbacker. Les voix, en revanche, sont bien celles de McGuinn, Gene Clark et David Crosby, avec ces harmonies célestes qui doivent autant aux Beatles qu’aux Everly Brothers. Pour le reste de l’album, vexés, les Byrds imposeront de jouer eux mêmes.

Dylan électrifié, et la bénédiction du maître

Le coup de génie des Byrds, c’est d’avoir compris avant tout le monde qu’on pouvait passer Bob Dylan à la moulinette électrique. McGuinn prend « Mr. Tambourine Man », en change la métrique, la resserre, ne garde qu’un couplet et le refrain pour tenir le format radio, et l’habille de ce son Beatles que toute l’Amérique réclame. Le résultat grimpe numéro un aux États-Unis comme en Grande-Bretagne. L’album ne s’arrête pas là: il contient plusieurs autres compositions de Dylan, dont « All I Really Want to Do », « Spanish Harlem Incident » et « Chimes of Freedom ». La rumeur veut que Dylan, entendant sa chanson métamorphosée, ait été soufflé. Le maître avait reconnu ses héritiers.

The Byrds
Les Byrds, prophètes du folk rock: la Rickenbacker douze cordes de Roger McGuinn a défini le son jingle-jangle de toute une génération.

Sur le sens de la chanson, McGuinn a livré une interprétation mystique qui en dit long sur l’époque: « Je chantais à Dieu et je disais que Dieu était le joueur de tambourin, et je lui disais: hé, Dieu, emmène-moi en voyage et je te suivrai. C’était une prière de soumission. » Tout l’esprit de 1965 est là, entre quête spirituelle, expérimentations et envie d’ailleurs.

Cinq garçons et un nuage d’harmonies

Il faut s’arrêter une seconde sur cette bande de Californiens. Gene Clark, le plus doué pour la composition, est le moteur secret du groupe, celui qui apporte les meilleures chansons originales. David Crosby, gueulard et génial, futur fauteur de troubles de Crosby, Stills, Nash and Young, sème déjà ses harmonies vertigineuses. Chris Hillman, venu du bluegrass, tient la basse, et Michael Clarke, embauché en partie parce qu’il ressemblait à Brian Jones, frappe les fûts. Ensemble, ils inventent une alchimie vocale qui n’appartient qu’à eux, ce mur d’harmonies planantes posé sur le carillon des douze cordes. Personne ne sonnait comme ça avant. Beaucoup essaieront ensuite, peu y parviendront.

La pochette elle même est un manifeste: ces visages en contre-plongée déformés par un objectif grand angle sont aussi iconiques que la musique. Le disque grimpe à la sixième place du Billboard et à la septième en Grande-Bretagne. Mais les chiffres comptent moins que l’onde de choc esthétique. En quelques semaines, des centaines de groupes troquent leur guitare acoustique contre une électrique et se mettent à carillonner.

L’acte de naissance d’un genre

Au delà du single, « Mr. Tambourine Man » l’album est un point de bascule. Il ouvre une brèche dans laquelle vont s’engouffrer le country rock, le folk rock psychédélique, et toute une lignée de guitares carillonnantes qui traverse l’histoire du rock américain, de Tom Petty à R.E.M. La critique ne s’y trompe pas: AllMusic parlera de l’un des plus grands premiers albums de l’histoire du rock.

Les Byrds venaient de prouver qu’on pouvait être à la fois intelligent et populaire, enraciné dans la tradition folk et résolument moderne. Ils avaient pris la poésie de Dylan et la fureur électrique des Beatles, et de cette collision était né un son entièrement neuf. En quelques mois, le paysage musical américain avait trouvé sa réponse à l’invasion britannique. Et tout était parti d’une guitare à douze cordes et d’une bande de rêveurs californiens qui croyaient pouvoir faire voler la musique.

Fun fact qui boucle la boucle: l’idée de la Rickenbacker à douze cordes, McGuinn la doit en partie aux Beatles eux mêmes. Il avait repéré l’instrument entre les mains de George Harrison dans le film « A Hard Day’s Night », et avait décidé sur le champ que ce serait sa voix. Ainsi, le son qui allait permettre à l’Amérique de répondre à l’invasion britannique était né d’une fascination pour les envahisseurs. La pop des années 60 n’est qu’une immense conversation, un jeu de miroirs entre Liverpool et la Californie, et « Mr. Tambourine Man » en est l’un des plus beaux échos.

La note des passionnés

4,0 /5

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Mr. Tambourine Man