1968 Album

Sweetheart of the Rodeo

par The BYRDS

4,0
Sortie 1968
Artiste The BYRDS

Sweetheart of the Rodeo, The Byrds (1968) : le jour historique où le rock a découvert Nashville et la country

1968. The Byrds, les rois incontestés du folk-rock, les inventeurs du jingle-jangle cristallin, le groupe mythique qui a électrifié Dylan et transformé Mr. Tambourine Man en hymne d’une génération, sort un album entièrement country. Sweetheart of the Rodeo est un geste radical et provocateur, un virage à 180 degrés qui a choqué les fans de la première heure, profondément divisé la critique, et inventé un genre musical entier : le country-rock. Sans cet album fondateur et visionnaire, pas d’Eagles, pas de Gram Parsons solo, pas d’Emmylou Harris, pas de mouvement Americana tout entier. C’est un album fondateur au sens le plus fort du terme, un véritable big bang musical dont les ondes de choc se propagent encore aujourd’hui.

L’arrivée explosive de Gram Parsons

Le catalyseur de cette révolution musicale, c’est Gram Parsons, 21 ans à peine, riche héritier d’une famille de Géorgie, beau gosse autodestructeur au charme magnétique, génie visionnaire qui rejoint les Byrds avec une idée fixe et obsessionnelle : créer ce qu’il appelle la Cosmic American Music, la fusion transcendante du rock, de la country, du blues et de la soul. Roger McGuinn, seul membre originel encore debout, se laisse entraîner dans l’aventure avec un mélange de curiosité et de résignation.

La country n’est pas la musique des rednecks ignorants. C’est la musique de l’Amérique profonde, de ses douleurs et de ses joies. Et l’Amérique profonde mérite d’être entendue et respectée par tout le monde.

Le groupe enregistre à Nashville même, dans les studios légendaires de Columbia, avec les meilleurs musiciens de session de la ville : Lloyd Green à la pedal steel magique, John Hartford au banjo et au fiddle. L’album reprend des classiques country de Merle Haggard (Life in Prison), des Louvin Brothers (The Christian Life), de Woody Guthrie (Pretty Boy Floyd), et y ajoute des compositions originales brûlantes de Parsons et McGuinn.

Fun fact juridique et tragique : pour des raisons contractuelles avec son ancien label, les parties vocales originales de Parsons furent partiellement effacées et remplacées par celles de McGuinn sur plusieurs morceaux clés de l’album. Ce sabotage involontaire et bureaucratique prive l’album de certaines de ses plus belles performances vocales.

Parsons quittera les Byrds après seulement quelques mois, refusant courageusement de tourner en Afrique du Sud par opposition morale à l’apartheid. Il fondera les Flying Burrito Brothers avec Chris Hillman, enregistrera deux albums solo magnifiques et déchirants, et mourra d’une overdose en septembre 1973, à 26 ans seulement, dans une chambre de motel minable à Joshua Tree dans le désert californien. Sa dépouille sera volée et brûlée dans le désert par son road manager Phil Kaufman, dans un dernier acte de rock’n’roll absurde, tragique et définitif.

Sweetheart of the Rodeo fut un échec commercial cuisant à sa sortie. Trop country pour les fans de rock psychédélique, trop rock pour les puristes de Nashville. Mais avec le recul des décennies, il est devenu l’un des albums les plus influents et les plus respectés de toute l’histoire de la musique américaine. La chérie du rodéo n’a pas pris une seule ride en plus d’un demi-siècle.

La note des passionnés

4,0 /5

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Sweetheart of the Rodeo