Welcome to My Nightmare
par ALICE COOPER
Album du grand changement : Alice Cooper devient Alice Cooper. Euh… bon, on recommence : Alice Cooper (le groupe) devient Alice Cooper (l’artiste solo) ! Le split de son band n’affecte en rien le chanteur qui signe ici le dernier grand album de sa première période héroïque… et il retrouve Bob Ezrin, son fidèle producteur.
La naissance d’un monstre solo
Vincent Damon Furnier est né à Detroit en 1948. Il a pris le nom d’Alice Cooper à la fin des années 60, d’abord comme nom de groupe, puis comme personnage et marque. La rupture avec les autres membres du groupe Alice Cooper intervient au moment où la collaboration avec Bob Ezrin et Shep Gordon atteint son apogée commercial : « Billion Dollar Babies » en 1973 est l’album le plus vendu du groupe. Mais la machine s’emballe. Les tournées s’allongent, les excès s’accumulent, et les cinq membres du groupe original se séparent dans l’ambiance cordiale mais définitive des grandes séparations professionnelles.
Vincent Furnier garde le nom. C’est lui Alice Cooper désormais, seul et souverain. Et pour ce premier album solo, il s’entoure de musiciens de première catégorie : Dick Wagner à la guitare, qui sera l’âme musicale du disque, Tony Levin à la basse, Whitey Glan à la batterie. Bob Ezrin produit avec la même exactitude théâtrale qu’il avait déployée sur « Welcome to My Nightmare ».
Vincent Price et le cauchemar en technicolor
La star invitée de l’album est Vincent Price. Acteur de cinéma d’horreur de légende, spécialiste des films d’Edgar Allan Poe chez Roger Corman, Price est le parrain involontaire de l’esthétique Cooper : ce mélange de gore grand-guignolesque, d’humour noir et de théâtralité baroque. Il narre des passages de l’album avec une voix qui semble venir directement de l’enfer, souriant. Sa présence donne à l’album une légitimité culturelle que peu d’albums rock de 1975 possèdent.
L’album sera accompagné d’un téléfilm diffusé sur ABC, avec Cooper et Price partageant l’écran dans un spectacle de cabaret horrifique. C’est l’une des premières grandes productions télévisées consacrées à un album de rock, un précédent qui sera beaucoup imité. Alice Cooper comprend avant tout le monde que la musique est du spectacle total, que le disque n’est qu’un point de départ.

Only Women Bleed et la controverse
« Only Women Bleed » est la chanson la plus surprenante de l’album. Un slow sentimental, presque doux, sur la violence domestique et la souffrance des femmes dans les relations de pouvoir. La chanson est un hit commercial (Top 10 aux États-Unis) et une curiosité artistique : Alice Cooper, roi du choc et de la provocation, écrit une ballade anti-violence qui n’a absolument rien du rock qu’on attendait de lui. « Les gens s’attendaient à du sang, je leur ai offert une larme », dira-t-il.
Dick Wagner joue la plupart des guitares sur l’album avec une précision et une expressivité qu’on ne lui rend pas toujours. Sa contribution à « Welcome to My Nightmare » est au moins aussi importante que celle de Cooper lui-même. L’album atteint le Top 5 des charts américains et britanniques. La tournée qui suit est un spectacle de Broadway venu dans les arènes : guillotine, électrocution simulée, ballet avec araignées géantes. Alice Cooper invente le rock spectacle dans toutes ses dimensions, et « Welcome to My Nightmare » en est le manifeste fondateur.
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