Sortie 1971

Alice Cooper. Detroit, Michigan, 1971. Le second album sur Warner Bros. apres le succes croissant de « Love It to Death ». Bob Ezrin entre en scene comme producteur et tout change. Ezrin est jeune, vingt-deux ans a peine, mais il a deja compris quelque chose que beaucoup de producteurs plus aguerris n’ont jamais saisi : Alice Cooper n’est pas seulement un groupe de rock, c’est une compagnie de theatre musical avec des amplis Marshall. « Killer » est l’album qui consolide cette vision et installe definititement Alice Cooper comme l’une des forces les plus originales du rock americain.

Alice Cooper est en 1971 cinq personnes : Vincent Furnier chanteur et fronthomme qui a adopte le nom de scene Alice Cooper pour toute la formation, Glen Buxton guitariste au jeu brut et efficace, Michael Bruce guitariste et claviériste dont les arrangements sont la colonne vertebrale musicale du groupe, Dennis Dunaway bassiste et partenaire artistique de la premiere heure, Neal Smith batteur a la precision mecanique et a l’energie communicative. Ces cinq musiciens sont amis depuis leurs annees lycee a Phoenix, Arizona. Ils ont grandi ensemble, appris la musique ensemble, partage la meme vision.

Bob Ezrin comprend immediatement la qualite des compositions du groupe et decide de les produire avec une ambition orchestrale qui va les faire passer d’un niveau a l’autre. Il ajoute des arrangements de cordes ou ils font sens, des effets sonores qui renforcent la theatralite, des couches de production qui donnent de la profondeur sans trahir l’energie rock fondamentale. C’est un travail de sculpteur plutot que de décorateur.

« Under My Wheels » ouvre l’album avec un riff que Michael Bruce a compose dans un taxi new-yorkais sur le chemin des sessions. C’est du pur rock and roll, direct et immediatement accrocheur, avec une energie qui vous saisit des la premiere mesure et ne vous lache plus jusqu’a la fin. Furnier le chante avec la conviction d’un homme qui sait qu’il tient quelque chose de solide.

« Be My Lover » est l’autre single de l’album, une chanson pop-rock d’une facture impeccable avec un refrain inoubliable. Elle montre que derriere la theatralite du groupe se cachent de vrais compositeurs capables d’ecrire des chansons qui fonctionnent independamment de toute mise en scene. « Be My Lover » sur la radio nue et sans artifice visuel est une excellente chanson. Elle n’a pas besoin des serpents et du maquillage pour exister.

« Halo of Flies » est la grande piece de bravoure de l’album, une suite de pres de neuf minutes qui explore plusieurs registres musicaux successivement. Introduction atmospherique, montee en puissance progressive, climax electrique, redescente vers une conclusion apaisante. C’est une construction dramatique qui doit autant au cinema qu’au rock, et qui beneficie de tout le savoir-faire orchestral d’Ezrin pour prendre toute sa dimension.

« Desperado » est une ballade country surprenante qui illustre la polyvalence stylistique du groupe. Alice Cooper qui joue au cow-boy solitaire avec une melodie qui doit autant a Marty Robbins qu’a Led Zeppelin. Furnier chante avec une sincecrite inattendue qui prouve que derriere le personnage d’Alice, il y a un homme sensible et un musicien attentif aux nuances.

Neal Smith merite une mention particuliere pour son travail de batterie sur cet album. Sa precisión metronomique laisse les autres musiciens libres de prendre des risques rythmiques en sachant que la section de temps sera toujours ou elle doit etre. Il joue avec une force physique indeniable tempere par une intelligence musicale qui choisit toujours la nuance juste plutot que la puissance brute.

Warner Bros. avait signe le groupe en 1969 sur la recommandation de Frank Zappa, qui les avait eux-memes signes sur son label Straight Records. Zappa voyait dans Alice Cooper quelque chose de subversif et d’intelligent qui correspondait a sa propre philosophie artistique. Warner avait accepte le pari et ce pari allait se reveler extremement rentable. « Killer » est l’album de la confirmation apres « Love It to Death » de la revelation. Le suivant, « Schools Out », allait etre celui du triomphe mondial.

L’influence d’Alice Cooper sur le rock theatral et glam des annees 1970 est massive. David Bowie, qui decouvre les Cooper en tournee americaine, sera frappe par leur comprehension que le rock peut etre spectacle total. Kiss empruntera directement le concept du maquillage et de la mise en scene grandiloquente. L’entière tradition du rock spectacle des decennies suivantes commence en partie ici, dans ces albums Warner produits par Bob Ezrin.

Sur X : @alicecooper

La note des passionnés

4,5 /5

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Killer