Sortie 1973

Johnny Winter, 1973. L’albinos texan qui avait été l’une des sensations du festival de Woodstock en 1969 publie un album dont le titre est une declaration en soi : « Still Alive and Well ». Après une période difficile, un éloignement des scènes et des studios, Winter revient avec un album produit par son ami et collaborateur Rick Derringer qui est à la fois un document de renaissance personnelle et un des meilleurs albums de blues rock qu’il ait enregistrés.

Johnny Winter est né à Beaumont au Texas, une ville du golfe du Mexique qui a produit une quantité extraordinaire de musiciens de blues. Son frère Edgar, lui aussi musicien prolifique, partage avec lui des goûts musicaux qui vont du blues texan traditionnel au rock psychédélique en passant par le jazz. Mais c’est dans le blues, notamment le Texas blues électrique de T-Bone Walker et Freddie King, que Johnny trouve son territoire naturel.

« Rock and Roll Hoochie Koo », composition de Rick Derringer, ouvre l’album sur un riff de guitare immédiatement reconnaissable et un groove qui met en mouvement avant qu’on ait eu le temps de s’installer. C’est une chanson de rock et roll direct et joyeux, et Winter la joue avec la conviction d’un homme qui retrouve quelque chose qu’il avait pensé perdu. La jubilation dans son jeu de guitare est palpable.

« Silver Train » est une reprise d’une composition des Rolling Stones, une chanson que Mick Jagger et Keith Richards avaient écrite sans pouvoir l’enregistrer pour eux-mêmes. Winter s’en empare et lui donne une vie de blues rock qui correspond parfaitement à ses propres sensibilités musicales. Sa guitare slide sur ce morceau est d’une fluidité et d’une expressivité exemplaires.

Rick Derringer est un partenaire naturel pour Winter : les deux musiciens se connaissent depuis plusieurs années, Derringer avait joué sur plusieurs albums de Johnny dans les années précédentes, et leur compréhension musicale mutuelle s’entend dans la façon dont l’album est construit. Derringer produit sans alourdir, il guide sans imposer, laissant Winter exprimer ce qu’il a à dire avec toute la clarté dont il a besoin.

La guitare de Johnny Winter est une des plus reconnaissables du blues rock américain. Il joue avec une vitesse et une précision qui rappellent les grands guitaristes de jazz dans leur capacité à traverser les gammes avec fluidité, mais son feeling est entièrement blues, ancré dans la tradition de Muddy Waters et Howlin’ Wolf qu’il admire depuis son enfance. Cette combinaison de technique jazz et de coeur blues est ce qui rend son jeu unique.

« Cheap Tequila » et « All Tore Down » sont deux autres moments forts qui montrent la gamme de Winter entre le boogie rock énergique et le blues plus lent et réfléchi. Cette alternance d’humeurs est bien gérée sur l’album : on ne s’ennuie jamais, les tempos et les atmosphères varient suffisamment pour maintenir l’intérêt sans jamais perdre la cohérence stylistique.

L’album entend le retour d’un musicien qui s’est peut-être retrouvé perdu pendant un moment et qui a retrouvé le chemin de sa propre musique. Cette qualité de retrouvailles, de quelque chose de retrouvé après avoir failli être perdu, est peut-être ce qui donne à « Still Alive and Well » cette énergie particulière qui va au-delà de la simple compétence musicale.

Winter continuera à enregistrer des albums de blues et de rock tout au long de sa carrière, jusqu’à sa mort en juillet 2014 à l’âge de soixante-dix ans. Il laisse derrière lui une discographie considérable et une réputation comme l’un des plus grands interprètes de blues électrique que le Texas ait produits. « Still Alive and Well » est l’album qui incarne le mieux ce qu’il était : un bluesmen texan électrique, un homme qui jouait de la guitare comme si sa vie en dépendait.

Le blues texan dont Winter est l’un des représentants les plus importants est une tradition musicale d’une richesse considérable, distincte du blues du delta mississippien et du blues de Chicago par son rapport à la guitare électrique et par ses racines dans le country et le western swing autant que dans le blues rural. Cette spécificité géographique produit des musiciens avec une identité sonore propre, et Winter en est l’une des expressions les plus pures et les plus reconnaissables.

« Still Alive and Well » restera comme l’un des albums essentiels du blues rock américain des années soixante-dix, un document de retour et de renaissance qui mérite son titre dans tous les sens du terme. La vitalité musicale qui s’en dégage est communicative et durable. Chaque écoute retrouve cette énergie intacte, la guitare de Winter brillante et vive comme au premier jour.

La guitare slide de Johnny Winter sur plusieurs morceaux de cet album est d’une expressivité particulière, proche du gospel dans sa capacité à simuler les inflexions de la voix humaine. Cette technique, venue du blues du delta et transmise par des musiciens comme Robert Johnson et Muddy Waters, trouve dans les mains de Winter une expression contemporaine sans perdre rien de sa vérité originale. C’est la preuve que les grandes traditions musicales ne meurent pas, elles se transmettent.

— Discographie —

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Still Alive and Well