Cactus. New York, 1971. Troisieme album en un an, signe d’un groupe en pleine productivite qui profite de l’energie de ses debut pour enregistrer et tourner a un rythme que peu d’artistes contemporains pourraient soutenir. « Restrictions » sort quelques mois apres « One Way… Or Another » et montre Cactus en train de chercher et trouver quelque chose de plus personnel, de plus distinct de ses influences. C’est un album de transition, mais une transition bien reussie, vers un son qui s’affirme davantage.
Le changement principal entre les deux albums est dans l’ecriture. Bogert et McCarty ont passe plus de temps sur les compositions, les ont travaillees avec plus de soin, leur ont donne des structures plus complexes et des arrangements plus elabores. Les influences blues restent presentes mais elles sont davantage digereees, plus profondement integrees dans un style propre qui est en train d’emerger.
« Restrictions » commence avec « Guyana Woman », un blues rock d’une energie formidable ou Rusty Day demontre que sa voix peut passer de la caresse a la menace vocale en quelques secondes. Le morceau illustre parfaitement la capacite du groupe a construire une tension et la relacher au moment exact ou l’auditeur en a besoin. C’est de la dynamique pure, l’art de la construction dramatique applique au rock.
Carmine Appice est sur cet album au meilleur de sa forme. Sa batterie est jouee avec une precision metronomique et une force physique qui font de chaque fill un evenement musical en lui-meme. Ses influences sont multiples : les grands batteurs de jazz comme Art Blakey et Max Roach informent sa comprehension du rythme et de la dynamique, pendant que les batteurs de rock comme John Bonham et Ginger Baker lui ont montre comment utiliser la puissance physique au service de la musique.
Tim Bogert continue d’explorer les possibilites de la basse comme instrument mélodique. Sur plusieurs morceaux de cet album, il joue des parties de basse qui sont en realite des solos mélodiques soutenant le chant, anticipant et soulignant les phrases vocales de Day avec une attention et une generosité inhabituelles pour un bassiste de hard rock. Cette approche mélodique de la basse allait se retrouver dans son travail ulterieur avec Beck, Bogert and Appice.
Jim McCarty est plus inventif sur cet album que sur les precedents. Ses solos sont plus developpes, ses idees melodiques plus originales. Il y a une progression visible entre les trois premiers albums de Cactus dans la qualite de son jeu, comme si chaque enregistrement lui donnait la confiance de pousser un peu plus loin dans ses explorations harmoniques.
La production de « Restrictions » est similaire a celle des albums precedents : directe, sans effets superflus, privilegiant le son live du groupe dans la salle. C’est une approche qui sert bien la musique de Cactus, dont la force vient precisement de cette energie brute et immediate. Une production trop soignee aurait trahi l’essence du groupe.
Le groupe s’est separe en 1972, peu apres la sortie d’un quatrieme album. Beck, Bogert and Appice a ete forme dans la foulee, realisant enfin le supergroupe qui aurait du exister deux ans plus tot. Mais les trois albums de Cactus restent comme un monument du hard rock americain du debut des annees 1970, un exemple de ce que le genre pouvait produire quand les musiciens etaient a la fois excellents techniquement et convaincus artistiquement.
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