Cactus. New York, 1971. Le second album d’un groupe qui n’aurait jamais du exister et qui est pourtant l’un des plus interessants de la scene hard rock americaine du debut des annees 1970. L’histoire de Cactus commence avec un echec : Tim Bogert a la basse et Carmine Appice a la batterie devaient former un supergroupe avec Jeff Beck mais l’accident de voiture de Beck en novembre 1969 a tout compromis. Plutot que d’attendre, Bogert et Appice ont forme Cactus avec Rusty Day au chant et Jim McCarty a la guitare. « One Way… Or Another » capture le groupe a son meilleur niveau de cohesion.
Tim Bogert est l’un des bassistes les plus inventifs et les plus puissants de sa generation. Sa maitrise technique est impressionnante, sa facon de jouer le blues rock avec une aggressivite et une musicalite egales en fait un musicien d’exception. Carmine Appice, qu’il avait connu dans Vanilla Fudge, est son partenaire naturel : les deux hommes ont une comprehension rythmique commune qui leur permet de jouer en symbiose totale sans que leurs ego respectifs ne se marchent dessus.
Rusty Day chante avec une voix rock brute et expressionniste qui rappelle les grands vocalists du blues rock comme Paul Rodgers ou Rod Stewart. Il n’a pas la subtilite de certains chanteurs de sa generation mais il a la conviction et l’energie qui font qu’on l’ecoute jusqu’au bout. Sur scene, Cactus etait un groupe d’une energie devastatrice, et Day y contribuait pour beaucoup.
Jim McCarty joue de la guitare avec un style qui doit autant au blues de Buddy Guy et Freddie King qu’au rock britannique de Clapton et Page. Ses riffs sont forts et melodiques, ses solos construits avec une logique interne qui trahit une vraie formation blues. Il n’est pas le guitariste le plus connu de son epoque mais il merite une reconnaissance plus large que celle qu’il a recue.
« One Way… Or Another » contient des morceaux qui montrent le groupe capable de nuances que leur image de hard rock brut ne laissait pas toujours presager. Des ballades blues d’une delicatesse surprenante alternent avec les attaques electriques les plus directes. C’est un album equilibre dans sa brutalite, si tant est que cette expression ait un sens.
Atco Records, filiale d’Atlantic, distribuait les albums de Cactus. Atlantic avait une longue histoire avec le blues et le rhythm and blues americains, et Cactus s’inscrivait dans cette tradition en la poussant vers les territories du hard rock. Ahmet Ertegun et Jerry Wexler, fondateurs d’Atlantic, avaient le don de voir comment les musiques evoluaient et ou elles allaient.
La section rythmique de Bogert et Appice est ce qui distingue definitivamente Cactus de la plupart de ses contemporains. Ces deux musiciens jouent avec une puissance et une precision qui relevent de l’athletisme musical. Ils peuvent aller aussi vite que n’importe quel groupe de rock, aussi lourd que n’importe quel groupe de metal naissant, et avec un sens du groove qui manque souvent aux groupes qui ne privilegient que la puissance.
Cactus n’a jamais connu le succes commercial qu’il meritait. La concurrence etait rude en 1971, avec Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath et Free qui occupaient les premieres places des charts et de l’attention critique. Dans ce contexte, un groupe americain sans la mystique britannique avait du mal a se faire entendre au-dela d’un public fidele mais restreint. La qualite de leur musique merite pourtant qu’on s’y attarde.
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