1972 Album

Ot ´N´ Sweaty

par CACTUS

4,0
Sortie 1972
Artiste CACTUS

Cactus, 1972. Le groupe touche à sa fin, mais il ne le sait pas encore, ou plutot il ne veut pas l’admettre. « Ot ‘N’ Sweaty » est le quatrième et dernier album de la première incarnation de Cactus, et il porte bien son nom : c’est un disque chaud, transpirant, brûlant d’une énergie que la maison de disques commence à trouver difficile à vendre mais que les fans de hard blues rock reconnaissent et adorent.

Cactus s’est formé en 1969 quand Jeff Beck Group a implosé, laissant Tim Bogert à la basse et Carmine Appice à la batterie libres de leurs mouvements. Ces deux-là avaient développé avec Beck l’une des sections rythmiques les plus puissantes du rock britannique. Ils ont décidé de faire leur propre groupe, d’emmener cette puissance dans une formation qui leur appartient. Ils ont recruté Rusty Day (chant, harmonica) et Jim McCarty (guitare) pour compléter la formation.

Cactus joue du hard blues, et ils jouent fort. Ils ne jouent pas du subtil. Ils ne jouent pas du raffiné. Ils jouent avec la conviction de gens qui ont compris que parfois la meilleure chose à faire avec un ampli Marshall c’est de le pousser à fond et de voir ce qui sort. Cette approche est leur marque de fabrique, et sur « Ot ‘N’ Sweaty » elle atteint son expression la plus accomplie.

Rusty Day est un chanteur blues dans la grande tradition de la Southern soul, mais avec une éducation rock dure. Il crie plus qu’il ne chante sur certains morceaux, pousse sa voix dans des zones de distorsion naturelle qui correspondent à l’intensité de la musique derrière lui. Jim McCarty à la guitare joue avec une férocité caractéristique du heavy blues américain, ses solos rapides et mordants dans la veine de Clapton et Beck mais avec un grain plus cru.

« Rock ‘n’ Roll Children » est le morceau d’ouverture et le plus accessible du disque. Une structure de blues-rock directe, un refrain qui s’attrape immédiatement, et cette section rythmique Bogert-Appice qui sonne comme si deux locomotives arrivaient en même temps. Bogert joue une basse lead avec autant de vélocité qu’un guitariste soliste, ses lignes de basse se faufilant entre les accords de guitare avec une agilité qui a toujours étonné ses contemporains.

Carmine Appice est l’un des grands batteurs de sa génération, un héritier de Ginger Baker dans la façon dont il conçoit la batterie comme instrument mélodique autant que rythmique. Son jeu sur « Ot ‘N’ Sweaty » est impressionnant de précision et de puissance : une frappe sonique qui donne l’impression physique d’un groupe plus grand que ses quatre membres.

La série de blues standards que le groupe reprend tout au long de sa carrière atteint ici une maturité particulière. Cactus n’essaie pas de réécrire le blues. Il l’amplifie, le grossit, le passe dans le prisme de la puissance sonore du début des années soixante-dix, et ce qui en sort est quelque chose qui reste fidèle à l’original tout en appartenant complètement à son époque.

Tim Bogert et Carmine Appice vont quitter Cactus très peu après « Ot ‘N’ Sweaty » pour former Beck Bogert Appice avec Jeff Beck, ce supergroupe qu’ils avaient envisagé dès 1969 avant que Beck ne soit blessé dans un accident de voiture. Ce départ marque la fin de la première ère Cactus. Le groupe continuera sous diverses formes avec d’autres membres, mais la chimie particulière de cette formation originale est irremplacable.

L’influence de Cactus sur le heavy metal qui va émerger dans la seconde moitié des années soixante-dix est significative. AC/DC, Led Zeppelin sous ses aspects les plus bruts, les groupes de la NWOBHM : tous ces descendants doivent quelque chose à la façon dont Cactus a épaissi le son du blues-rock, l’a rendu plus physiquement imposant, plus agressif dans ses textures sonores. Ce n’est pas un groupe de finesse. C’est un groupe de force. Et parfois la force, bien appliquée, crée de l’art.

Aujourd’hui, Cactus est un de ces noms que les connaisseurs de hard rock classique mentionnent avec déférence, un groupe qui n’a jamais eu le succès commercial de Led Zeppelin ou de Black Sabbath mais qui a contribué à définir un genre. « Ot ‘N’ Sweaty » est leur testament le plus complet, la démonstration la plus aboutie de ce qu’ils savaient faire. Un disque qui sent la sueur, le volume, et l’authentique.

La formation Beck Bogert Appice qui succède à Cactus après le départ de Bogert et Appice n’aura qu’un seul album en 1973, lui aussi de grande qualité. Mais le bref flash du supergroupe n’effacera pas ce que Cactus avait construit pendant quatre albums. La cohérence d’un groupe qui joue ensemble depuis ses débuts, qui a développé un langage commun dans des centaines de concerts, a une qualité particulière que les supergroupes d’occasion peuvent rarement reproduire. « Ot ‘N’ Sweaty » en est la preuve.

La note des passionnés

4,0 /5

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Ot ´N´ Sweaty