1966 Album

Parsley, Sage, Rosemary and Thyme

par SIMON AND GARFUNKEL

4,0
Sortie 1966
Genres folk rock · songwriter

Simon and Garfunkel et les herbes du jardin

Octobre 1966. Paul Simon et Art Garfunkel sortent leur troisieme album en moins de deux ans, Parsley, Sage, Rosemary and Thyme. Le titre vient d’une vieille chanson anglaise, « Scarborough Fair », que Simon a apprise de Martin Carthy lors de son sejour en Angleterre en 1964. Les quatre herbes aromatiques ne sont pas un hasard : elles ont chacune une signification symbolique medievale. Le persil pour l’amertume, la sauge pour la force, le romarin pour le fidelite, le thym pour le courage. Paul Simon a vingt-cinq ans et il construit deja des albums qui ont plusieurs niveaux de lecture. Ce n’est pas tres commun en 1966.

Le duo vit une periode de reconstruction. Apres le succes inattendu de « The Sound of Silence » en 1965, qui etait une chanson folk que le producteur Tom Wilson avait electrifiee sans les en avertir et qui etait devenue un hit par accident, Simon et Garfunkel ont du apprendre vite comment etre un duo de rock folk populaire. Parsley, Sage, Rosemary and Thyme est leur premiere vraie maitrise de ce format, leur premier album ou on sent qu’ils savent exactement ce qu’ils font.

Simon and Garfunkel en 1968
Simon and Garfunkel, la voix double qui defini une epoque

Les voix comme instrument unique

La caracteristique la plus immediate de Simon and Garfunkel, c’est leur harmonie vocale. Paul Simon chante la melodie, Art Garfunkel pose une voix au-dessus qui est techniquement parfaite, d’une purete presque inhumaine. Garfunkel est le contrepoint, la teinte claire sur le fond plus sombre de Simon. Ensemble, ils forment quelque chose que ni l’un ni l’autre ne pourrait atteindre seul. C’est la force et la faiblesse du duo : magnifique ensemble, incomplets separes. Ce qui explique pourquoi ils se separent et se retrouvent, se separent et se retrouvent, pendant des decennies.

« Scarborough Fair / Canticle » est le morceau le plus ambitieux de l’album sur le plan de l’arrangement. Simon chante la melodie traditionnelle en alternance avec Garfunkel, mais en contrepoint, une deuxieme melodie, « The Side of a Hill », une chanson antimilitariste que Simon avait ecrite separement, se glisse en filigrane. Les deux textes cohabitent sans vraiment se toucher, comme deux realites paralleles, la romance medievale et l’horreur de la guerre. C’est une trouvaille d’une elegance remarquable.

Paul Simon et le monde qui change

Paul Simon est un observateur. Ses chansons sont souvent des miniatures sociales, des portraits de personnages ordinaires dans des situations reconnaissables. « Richard Cory » est l’adaptation d’un poeme d’Edwin Arlington Robinson sur un homme riche que tout le monde envie et qui se tue. « A Poem on the Underground Wall » decrit quelqu’un qui ecrit un mot grossier sur un mur de metro la nuit. Ces sujets ne sont pas ceux du rock n roll de 1966. Simon ecrit comme un nouvelliste, avec une economie de moyens et une precision dans le detail qui font que ses chansons restent gravees.

« The Dangling Conversation » est peut-etre la chanson la plus triste de l’album : deux personnes qui lisent des livres differents, qui se parlent sans vraiment communiquer, dont la relation se defait lentement dans le silence de l’habitude. La production de Bob Johnston et Roy Halee entoure cette chanson de cordes distantes et d’une guitare acoustique precise. Ce n’est pas un single facile, c’est une chanson de chambre qui a atterri par accident dans le catalogue d’un duo folk pop de 1966.

L’album comme objet coherent

Ce qui distingue Parsley, Sage, Rosemary and Thyme de la plupart des albums de 1966, c’est sa coherence thematique. L’album explore plusieurs registres, de la tradition anglaise medievale a la satire sociale en passant par la ballade amoureuse et la chanson antimilitariste, mais tout tient ensemble parce que la voix de Paul Simon est coherente, parce que sa maniere d’ecouter le monde et de le mettre en mots est reconnaissable d’un bout a l’autre.

« 59th Street Bridge Song (Feelin’ Groovy) » est l’exception joyeuse, la chanson legere de l’album, celle qui parle de flaner sur un pont de Manhattan un matin et de se sentir bien dans sa peau. Harper et Rowe l’ont rendu celebre aussi en la reprenant. C’est une chanson en deux accords et trente secondes de bonheur pur, plantee au milieu d’un album qui parle principalement de solitude et d’incomprehension. La juxtaposition est deliberee et efficace.

En 1966, « Scarborough Fair » devient un succes radio et ouvre des portes. Deux ans plus tard, Simon and Garfunkel signent la bande originale de The Graduate de Mike Nichols, avec Dustin Hoffman, et « Mrs. Robinson » entre dans l’histoire. Parsley, Sage, Rosemary and Thyme est le marchepied, le moment ou tout s’aligne, ou les deux jeunes gens du Queens prouvent qu’ils ne sont pas seulement un accident commercial mais quelque chose de plus durable, une vraie voix double dans le bruissement du monde. Cet album reste leur oeuvre la plus coherente de bout en bout, avant que la gloire de The Graduate ne transforme leur carriere en phenomene de masse.


Simon and Garfunkel sur X

La note des passionnés

4,0 /5

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Parsley, Sage, Rosemary and Thyme