Caravanserai
par Carlos SANTANA
Santana. San Francisco, 1972. La rupture est consommée. Après les triomphes de « Santana », « Abraxas » et « Santana III », Carlos Santana tourne la page. « Caravanserai » est l’album de la grande rupture, le moment où il abandonne la formule qui l’avait rendu célèbre, le latin rock à succès commercial, pour quelque chose de plus expérimental, de plus jazz, de plus sombre et de plus personnel. La plupart des membres originaux du groupe quittent après cet album. Carlos Santana y perd une partie de son public commercial. Et il y gagne quelque chose de bien plus précieux.
Carlos Augusto Alves Santana est né à Autlán de Navarro, Jalisco, Mexique, le 20 juillet 1947. Sa guitare électrique, nourrie de blues de Chicago, de rock psychédélique, de musiques latines mexicaines et caraïbéennes, avait toujours été autre chose que ce que faisaient ses contemporains. Mais jusqu’à « Caravanserai », ces influences multiples s’exprimaient dans un cadre commercial relativement accessible. Avec ce nouvel album, Santana laissait le cadre commercial derrière lui pour s’aventurer dans des espaces plus ouverts.
L’influence de Miles Davis est partout dans « Caravanserai ». « Bitches Brew », « Jack Johnson », « On the Corner » : Santana avait absorbé le jazz fusion de Davis avec une passion d’étudiant et avait cherché à transposer cette façon de penser la musique dans son propre contexte sonore. Les structures libres, les improvisations étendues, les transitions fluides entre les morceaux qui se fondent les uns dans les autres : tout cela vient directement de sa lecture du jazz fusion de Davis.
Les influences spirituelles de Carlos Santana sont également visibles sur cet album. Il était en train de se convertir à la philosophie du maître spirituel Meher Baba, dont l’enseignement sur l’unité de l’humanité et la purification spirituelle allait nourrir ses réflexions artistiques pendant les années suivantes. Cette dimension spirituelle donne à la musique de « Caravanserai » une qualité de méditation qui la distingue des albums précédents.
Neal Schon, le guitariste prodige qui avait rejoint Santana à seize ans pour Santana III, est présent sur « Caravanserai » mais partira peu après pour fonder Journey. Tom Rutley à la basse, Armando Peraza aux percussions, et les autres musiciens jouent avec une sensibilité et une précision qui donnent à la musique ses couches de texture rythmique caractéristiques.
Columbia Records était inquiet de la direction artistique de l’album mais avait la confiance suffisante dans la vision de Santana pour le publier tel qu’il l’avait conçu. Cette confiance a produit l’un des albums les plus inhabituels et les plus beaux de toute sa carrière.
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