Love, Devotion, Surrender
La rencontre des dieux de la guitare
1973. Carlos Santana et John McLaughlin publient Love, Devotion, Surrender, album né de leur amitié et de leur engagement partagé envers la spiritualité et la musique comme chemin intérieur. Les deux guitaristes avaient rejoint la communauté du maître spirituel sri-lankais Sri Chinmoy, qui prônait la méditation, la discipline de vie et l’expression artistique comme formes de croissance spirituelle. Cette influence commune donne à l’album une intention et une atmosphère uniques dans le rock des années 1970.
John McLaughlin est le guitariste de jazz-rock le plus avancé de sa génération. Avec le Mahavishnu Orchestra, il avait repoussé les limites de ce qu’une guitare électrique peut faire harmoniquement et rythmiquement dans un contexte de fusion. Carlos Santana est le musicien qui a rendu la guitare électrique capable d’exprimer la ferveur et la joie de la musique latine et africaine dans un format rock mondial. Quand ces deux musiciens jouent ensemble, ils créent un dialogue de guitares qui n’a pas de précédent.
L’album s’ouvre sur A Love Supreme, le chef-d’oeuvre de John Coltrane. Choisir cette oeuvre comme point de départ n’est pas un hasard : Coltrane était pour les deux guitaristes une référence spirituelle et musicale absolue, quelqu’un qui avait fait de la musique une prière et de la prière une musique. Leur interprétation de la pièce de Coltrane est respectueuse et personnelle à la fois, fidèle à l’esprit de l’original tout en portant la signature propre des deux musiciens.
La fusion comme dévotion
Le son de l’album est à la fois très planifié et très spontané. Les deux guitaristes avaient travaillé les arrangements avant les sessions d’enregistrement, mais l’exécution laisse une grande place à l’improvisation et à la réaction en temps réel. Les solos s’enchaînent et se répondent dans des dialogues qui ont la qualité de conversations profondes entre deux musiciens qui se comprennent et se respectent mutuellement.
La section rythmique comprend des musiciens des deux camps : les frères Doug et Billy Cobham (drumming) et des membres du groupe de Santana. Cette mise en commun des forces des deux artistes donne à la musique une richesse polyrythmique qui est particulièrement frappante sur les pièces les plus longues, où les percussions latines de Santana et la batterie jazzy créent des textures rythmiques d’une complexité et d’une beauté rares.
Naima, autre composition de Coltrane dédiée à sa première femme, est jouée avec une tendresse et une délicatesse qui montrent que ces deux guitaristes, souvent associés à la puissance et à la vitesse, ont aussi une capacité de retenue et d’émotion intime remarquable. McLaughlin joue la mélodie avec une douceur presque chorale, et Santana l’accompagne avec des accords qui vibrent comme des harmoniques de cloche.
La musique comme chemin
Ce que cet album documente est une époque où des musiciens de premier plan cherchaient dans la spiritualité orientale des réponses aux questions que le succès commercial et la célébrité ne pouvaient pas satisfaire. Cette quête a parfois produit des oeuvres mièvres ou superficielles. Dans le cas de Santana et McLaughlin, elle a produit quelque chose de sincère et de musicalement convaincant, un album qui dit que la musique peut être un acte de foi.
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