The Black-Man’s Burdon
par Eric BURDON
Eric Burdon. Los Angeles, 1971. L’ancien chanteur des Animals, voix brute et passionnee de « House of the Rising Sun » et de « We Gotta Get Out of This Place », rencontre War, groupe de soul-funk de Long Beach dirige par Howard Scott et Lee Oskar. La rencontre est une revolution musicale. Burdon, blanc britannique forme dans les pubs de Newcastle, trouve dans cette formation afro-americaine et latine l’energie et le groove qui manquaient a sa carriere solo. Et War, ensemble talentueux cherchant a se faire connaitre, trouve dans la voix iconique de Burdon une porte d’entree vers un public plus large. « The Black-Man’s Burdon » est le second et dernier album de cette collaboration, et il est l’un des plus interessants de l’epoque.
War a ete forme en 1969 autour d’un noyau de musiciens de la cote Ouest americaine. Howard Scott (guitare), Charles Miller (saxophones), Harold Brown (batterie), BB Dickerson (basse), Lonnie Jordan (claviers), Lee Oskar (harmonica) et Papa Dee Allen (percussions) : c’est un groupe de sept musiciens, une formation grande comme un orchestre soul, qui peut aussi bien jouer du blues que du funk que du rock que du jazz en fonction des besoins du moment. Lee Oskar, Danois d’origine qui avait atterri a New York avant de rejoindre Los Angeles, apporte a l’harmonica une dimension instrumentale inhabituelle dans le rock de l’epoque.
« Spill the Wine » avait ete le grand single de la premiere collaboration entre Burdon et War, atteignant le top 3 americain en 1970. Ce second album est plus ambitieux dans sa construction, avec des suites instrumentales plus longues et des explorations musicales qui montrent que le groupe veut aller plus loin que le single radiophonique.
L’harmonica de Lee Oskar est l’element le plus distinctive du son War. Instrument souvent associe au blues rural americain, l’harmonica dans les mains d’Oskar devient quelque chose d’entierement nouveau : melodique, jazz, capable de dialogues complexes avec les cuivres et les claviers. Sa facon de jouer transforme chaque morceau qu’il touche en quelque chose d’immediatement reconnaissable.
Burdon chante avec une liberte qu’il n’avait pas toujours trouvee dans le cadre des Animals. Le groove de War lui permet de lacher prise, de chanter plus instinctivement, de repondre a la musique plutot que de la diriger. C’est un aspect interessant de cet album : on entend un chanteur qui se laisse porter par ses musiciens et en tire quelque chose de nouveau et d’excitant.
Les sections rythmiques de War sont d’une qualite exceptionnelle. Brown et Dickerson creent ensemble un groove compact et souple qui permet aux autres instruments de danser librement au-dessus. C’est la marque des grands groupes de funk : la section rythmique est si bonne que tout le reste semble facile. War allait continuer sans Burdon et produire dans les annees suivantes quelques-uns des meilleurs albums de funk americain des annees 1970.
MGM Records, qui sortait l’album aux Etats-Unis, ne savait pas exactement comment le vendre. C’etait trop rock pour les stations soul, trop soul pour les stations rock, trop jam pour les deux. Cette inclassabilite musicale qui caracterisait deja l’epoque de la grande fusion etait a la fois la force artistique de l’album et son obstacle commercial.
Apres la separation de Burdon et War, les deux parties ont continue leurs carrieres separement avec des fortunes diverses. War a connu le plus grand succes commercial avec « The World Is a Ghetto » en 1972 et « Why Can’t We Be Friends » en 1975. Burdon a continue a tourner et enregistrer. Mais ce moment ou ces deux forces musicales si differentes se sont combinees reste l’un des plus fascinants de leurs discographies respectives.
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