Sly and the Family Stone. Los Angeles, 1971. « There’s A Riot Going On » est l’anti-Woodstock, l’album qui dissout les illusions de l’utopie rock d’un seul coup de basse assourdissant et de silence. Là où « Stand! » avait été la déclaration d’un groupe qui croyait pouvoir changer le monde avec son groove et sa joie collective, « There’s A Riot Going On » est la déclaration d’un homme seul dans sa maison de Bel Air, entouré de machines, qui fait de la musique dans le noir. L’utopie a cédé la place à quelque chose de plus sombre, de plus honnête, et musicalement plus révolutionnaire.

Sly Stone, né Sylvester Stewart à Denton, Texas, le 15 mars 1943, avait créé avec la Family Stone le groupe le plus inclusif et le plus politiquement visionnaire du rock de la fin des années 1960. Hommes et femmes, noirs et blancs, dans une formation qui était une déclaration de principes autant qu’un ensemble musical. Leur performance à Woodstock en 1969 avait été l’un des moments les plus électrisants du festival.

Mais la période qui sépare Woodstock de « There’s A Riot Going On » a été celle de la désintégration. Les pressions du Black Panther Party pour une musique plus radicalement noire. Les problèmes personnels de Sly Stone. La désillusion progressive face à l’industrie musicale et à la politique américaine. L’album reflète tout cela sans jamais l’expliquer : il le fait ressentir à travers des textures musicales fragmentées, des mélodies à peine finies, des paroles qui disent une chose tout en en laissant entendre une autre.

« Family Affair » est le seul single clairement commercial de l’album, et c’est aussi la chanson la plus déchirante. Une méditation sur la désintégration de la famille, les liens du sang et d’amour qui devraient tenir les gens ensemble mais qui ne suffisent pas toujours. Sa mélodie simple, presque obsessionnelle, et son beat synthétique (l’une des premières utilisations de boîtes à rythmes dans la soul commerciale) donnent à la chanson une qualité hypnotique qui capte immédiatement l’attention.

Sly Stone avait enregistré la quasi-totalité de l’album seul dans son studio home, en Bel Air. Cette décision de tout faire lui-même, en contrôle total mais aussi en isolation totale, est directement perceptible dans la texture sonore de l’album. Les sons sont traités, modifiés, fragmentés. Les voix sont parfois inaudibles, noyées dans un mur de bruit. Les structures conventionnelles de la chanson soul sont désintégrées et recombinées selon une logique qui n’appartient qu’à Sly Stone dans cet état mental précis.

Prince, D’Angelo, Kendrick Lamar, Frank Ocean : les filiations directes avec « There’s A Riot Going On » sont parmi les plus importantes de toute l’histoire de la musique noire américaine. L’album a montré que la soul music pouvait être fragmentée, expérimentale, personnelle au point de l’impénétrabilité, sans perdre sa capacité à communiquer quelque chose d’essentiel sur l’expérience humaine.

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There’s A Riot Going On