Parmi d’autres dans la belle discographie, un album brillant. On est en pleine vague disco, le disque en ressent, mais sans perte d’identité. Santana n’en est plus à une fusion près et continue d’explorer de nouveaux territoires sonores avec la même aisance.
Carlos Santana et la recherche permanente
Carlos Santana naît à Autlán de Navarro, Jalisco, Mexique, en 1947. Il grandit à Tijuana, dans une famille de musiciens, avant de s’installer à San Francisco à l’adolescence. Sa révélation à Woodstock en 1969 est l’une des images les plus mémorables du festival : un guitariste de vingt-deux ans qui joue une version hypnotique de « Soul Sacrifice » devant des centaines de milliers de personnes. Ce moment établit Santana comme l’une des grandes voix de la guitare rock de sa génération.
Sa carrière au fil des années 70 est jalonnée d’explorations : jazz-fusion avec John Coltrane et Miles Davis comme boussoles, rock latinisé, soul, gospel. Santana ne reste jamais dans le même endroit musical très longtemps, et cette mobilité lui a valu à la fois l’admiration des musiciens et l’incompréhension de ceux qui voulaient qu’il répète indéfiniment le son de « Black Magic Woman ».
Stormy et la rencontre avec le mainstream
« Stormy » est une reprise des Classics IV, groupe de pop soul américain des années 60. Santana en fait quelque chose de très différent de l’original : plus électrique, plus long, avec sa guitare qui chante par-dessus des arrangements qui empruntent à la funk et à la disco sans s’y perdre complètement. La chanson est commercialement efficace sans être particulièrement représentative de ce que Santana fait le mieux.
« Well All Right » et « Open Invitation » montrent un groupe qui cherche à s’adapter à l’ambiance musicale de 1978 sans renier ce qui le rend unique : le vibrato de la guitare de Santana, sa façon de faire chanter chaque note, sa capacité à construire des solos qui montent progressivement en intensité. Ces qualités sont présentes sur « Inner Secrets » même si l’album n’est pas le plus représentatif de son talent.

La résurrection des années 90
« Inner Secrets » représente une période de recherche commerciale dans la carrière de Santana. Ces années 1978-1982 sont moins célébrées que les débuts ou le retour triomphant avec « Supernatural » (1999), l’album qui le ramènera au sommet des charts avec « Smooth » (avec Rob Thomas) et lui donnera neuf Grammys en une soirée.
Mais cette période de tâtonnement commercial a sa valeur : elle documente un artiste qui refuse de s’installer dans le confort de la répétition, qui essaie des choses nouvelles au risque de décevoir certains fans, et qui garde dans tous les cas la qualité sonore de sa guitare comme constante. C’est suffisant pour qu’un album comme « Inner Secrets » reste une écoute plaisante, même si ce n’est pas là qu’on cherchera le meilleur de Santana.
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