S’il est, avec Jimi Hendrix, le plus légendaire des guitaristes de l’histoire du rock, Clapton ne s’est jamais distingué par sa rapidité de jeu, d’où le nom bien choisi de cet album (« la main lente »). L’album est un subtil mélange de blues pur, de country, de rock et de reggae.
Slowhand : la main lente et le surnom
Eric Patrick Clapton naît à Ripley, Surrey, en 1945. Il apprend à jouer de la guitare seul, en copiant les disques de Muddy Waters, B.B. King et Robert Johnson. Son surnom « Slowhand » lui a été donné par les spectateurs des Yardbirds pendant les concerts : quand une corde se cassait, il en remplaçait une en direct, et le public tapait dans ses mains lentement pendant qu’il accordait. Deux mots, une image : la patience du bluesman qui sait que la vitesse n’est pas toujours la réponse.
« Slowhand » est le cinquième album studio de Clapton en solo, et l’un de ses plus équilibrés. Il est produit par Glyn Johns, ingénieur légendaire qui a travaillé avec les Beatles (Sgt Pepper), les Rolling Stones, les Eagles, Led Zeppelin. Johns comprend que la priorité avec Clapton est le son de la guitare : tout le reste doit s’articuler autour de cette voix électrique unique qui est la marque de fabrique d’un musicien qui a traversé les Yardbirds, Cream, Blind Faith, Derek and the Dominos.
Cocaine et Wonderful Tonight : deux extremes
« Cocaine » est une reprise de J.J. Cale, le compositeur oklahoman que Clapton admire profondément (il reprendra d’ailleurs toute une série de ses chansons sur l’album « From the Cradle » en 1994). La chanson ne fait pas l’apologie de la drogue : Cale lui-même l’a toujours dit, il s’agit d’un texte ambigu sur la dépendance. Clapton, qui est sorti de sa propre addiction à l’héroïne quelques années plus tôt, chante la chanson avec une distanciation qui la rend d’autant plus inquiétante.
« Wonderful Tonight » est à l’opposé absolu de « Cocaine » : une ballade d’une simplicité désarmante, trois accords, une mélodie mémorable, des paroles sur une soirée ordinaire avec une femme qu’on aime. Clapton l’a écrite en attendant que Pattie Boyd (son ex-épouse, ex-femme de George Harrison) se prépare pour une soirée. La chanson est devenue l’une des plus jouées aux mariages depuis sa sortie, ironie douce-amère pour un couple qui se séparera en 1989.
Lay Down Sally et J.J. Cale
« Lay Down Sally » est l’autre grand hit de l’album, construite sur un groove country-reggae qui démontre l’éclectisme stylistique de Clapton. La chanson est co-écrite avec Marcy Levy et Don Bramlett, deux chanteurs de sa tournée de l’époque. Elle atteint le numéro trois du Billboard américain, l’un de ses plus grands succès commerciaux en solo.
« Peaches and Diesel », qui ferme l’album, est une longue pièce instrumentale qui donne à Clapton l’espace pour improviser sans contrainte commerciale. C’est ici qu’on entend le Clapton le plus pur : une guitare qui pense, qui cherche, qui trouve des phrases dans l’instant et qui les développe avec une logique propre. C’est pour ces moments-là qu’on gravait « Clapton Is God » sur les murs de Londres dans les années 60, et si l’hyperbole est exagérée, on comprend d’où elle vient.
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