Certaines rencontres ressemblent à des évidences qu’on a trop attendues. En 2000, Eric Clapton et B.B. King se retrouvent enfin dans le même studio pour graver « Riding With the King », un album de duo entre le disciple blanc le plus célèbre de l’histoire et le roi du blues qui l’a inspiré. Le résultat est aussi chaleureux qu’une poignée de main entre deux géants.
Le roi et son admirateur
Clapton n’a jamais caché sa dette envers B.B. King. Toute sa vie, le guitariste britannique a vénéré ce phrasé, ce vibrato, cette manière de faire chanter une seule note plutôt que d’en jouer mille. Les deux hommes se connaissent depuis des décennies, ont partagé d’innombrables scènes, et ce disque vient sceller une amitié et une admiration qui traversent tout le second vingtième siècle du blues.
Produit par Clapton et Simon Climie, l’album réunit les deux guitaristes dans un climat détendu, sans esbroufe, comme une conversation entre vieux complices. King a déjà plus de soixante-dix ans, sa voix a gardé toute sa majesté, et Clapton se met humblement à son service, lui laissant l’espace du roi tout en glissant ses propres interventions avec une élégance de gentleman.
Un répertoire de standards et de surprises
La chanson titre, « Riding with the King », est une reprise d’un morceau de John Hiatt, choix malicieux puisque le roi en question, c’est évidemment King lui-même. On y trouve aussi des classiques du blues comme « Key to the Highway », « Three O’Clock Blues » qui fut le premier grand succès de King, ou « Days of Old ». Les deux hommes alternent les chants et les solos avec un plaisir manifeste qui s’entend à chaque mesure.
Tout le disque respire ce bonheur simple de jouer ensemble. Ce n’est pas un album de démonstration ni un manifeste, c’est une célébration, un hommage mutuel, le son de deux musiciens qui n’ont plus rien à prouver et qui jouent pour le seul plaisir de la musique. Cette absence totale d’enjeu est précisément ce qui rend l’écoute si réconfortante.
La complicité entre les deux hommes dépasse la simple courtoisie de circonstance. On sent Clapton ému de partager le micro avec celui qui lui a appris, adolescent, qu’une guitare pouvait pleurer. King, de son côté, semble rajeuni par l’énergie de son cadet, et sa fameuse guitare Lucille chante avec une tendresse intacte. Le disque a la chaleur d’une réunion de famille, où l’on ressort les vieilles chansons en sachant que chacune raconte une part de soi. C’est cette générosité qui explique son succès durable, bien au delà du cercle des amateurs de blues.

Le triomphe d’une amitié
« Riding With the King » remporte le Grammy du meilleur album de blues traditionnel et devient un succès commercial considérable, dépassant largement ce qu’on attend d’un disque de blues à l’aube du nouveau millénaire. Le public répond présent, heureux d’assister à cette rencontre au sommet.
Au delà des chiffres, le disque restera comme un document précieux : la trace enregistrée de la relation entre un maître et son élève le plus illustre, captée à un moment où l’un et l’autre pouvaient encore en profiter pleinement. B.B. King s’éteindra quinze ans plus tard, laissant Clapton orphelin de son héros. « Riding With the King » demeure leur plus belle conversation, un disque qui sent le respect, la tendresse et l’amour du blues.
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