À l’aube des années 2000, le blues rock cherchait un nouveau prince. Il est arrivé sous les traits d’un jeune homme à lunettes nommé Joe Bonamassa, prodige de la guitare qui sortait son premier album solo, « A New Day Yesterday », avec un parrain de luxe derrière la console : Tom Dowd en personne.
L’enfant prodige de la six cordes
Bonamassa n’est pas un débutant, loin de là. Enfant, il jouait déjà comme un vieux briscard, au point d’ouvrir pour B.B. King à l’âge de douze ans, moment fondateur qu’il racontera toute sa vie. Adolescent, il fait partie de Bloodline, groupe réunissant des fils de légendes du rock. À l’orée de sa carrière solo, il a déjà des années de scène derrière lui et une maîtrise de l’instrument qui sidère les anciens.
Pour ce premier disque, il s’offre Tom Dowd à la production, l’homme qui a façonné le son de Cream, des Allman Brothers et d’Eric Clapton. Ce choix dit tout de l’ambition : Bonamassa ne veut pas être un imitateur de plus, il veut s’inscrire dans la grande lignée du blues rock américain et britannique, là où la guitare raconte des histoires.
Un titre emprunté à Jethro Tull
Le titre de l’album, « A New Day Yesterday », est emprunté à une chanson de Jethro Tull que Bonamassa reprend ici, manière de revendiquer un héritage qui dépasse le seul blues du delta pour embrasser le rock britannique des années 70. Tout le disque navigue entre ces influences : la fougue électrique des power trios, la profondeur émotionnelle du blues, la puissance du hard rock classique.
Le jeune guitariste s’entoure d’invités prestigieux, parmi lesquels des figures respectées de la scène rock et blues américaine, qui valident son talent en partageant le studio avec lui. Sa technique est déjà éblouissante, mais ce qui frappe le plus, c’est sa capacité à mettre cette virtuosité au service de la chanson plutôt que de l’étalage.
Travailler avec Tom Dowd, c’est aussi recevoir un héritage. Le producteur, ingénieur de génie passé par les studios Atlantic, avait capté quelques unes des plus grandes pages du blues et du rock électrique. En confiant son premier disque à ce maître vieillissant, Bonamassa se place sciemment dans une filiation, comme s’il recevait l’onction des anciens. Le disque oscille entre reprises choisies avec soin et compositions personnelles, dessinant déjà le portrait d’un musicien qui pense sa carrière comme un long dialogue avec la tradition, dans le respect des aînés mais avec la fougue de la jeunesse.

Le début d’un empire
« A New Day Yesterday » ne fait pas l’effet d’une bombe commerciale immédiate, mais il pose la première pierre d’une carrière qui deviendra l’une des plus solides du blues rock contemporain. Album après album, Bonamassa va construire un public fidèle et immense, devenir un patron qui produit lui-même ses disques et remplit les plus grandes salles sans passer par les radios.
Réécouté aujourd’hui, ce premier album a la fraîcheur des débuts et la maîtrise des vieux maîtres, mélange improbable qui définit toute l’identité de Bonamassa. On y entend un jeune homme qui a grandi en vénérant les anciens, et qui s’apprête à devenir lui-même l’un des gardiens du temple. La relève du blues rock tenait sa guitare, et elle ne comptait plus la lâcher.
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