Il y a des retours, et il y a des résurrections. En 1999, Carlos Santana, légende vivante reléguée au rang de gloire passée, signe avec « Supernatural » l’un des plus spectaculaires retours de l’histoire de la musique populaire. Un raz-de-marée commercial et une pluie de récompenses pour un guitariste qu’on croyait rangé.
Le retour du sorcier
Carlos Santana avait électrisé Woodstock en 1969 et marqué les années 70 de son fusion de rock, de blues et de rythmes latins. Mais à la fin des années 90, sa carrière commerciale semblait derrière lui, malgré un statut de légende intact. C’est le producteur Clive Davis, qui l’avait signé trois décennies plus tôt, qui imagine la formule du retour : entourer Santana de stars contemporaines et faire dialoguer sa guitare avec les voix du moment.
Le concept est simple et redoutablement efficace. Sur chaque morceau ou presque, un invité différent vient poser sa voix sur le jeu inimitable de Santana, ce phrasé sensuel et incandescent reconnaissable entre mille. Le pari, audacieux, va dépasser toutes les espérances.
Smooth, Maria Maria et le triomphe planétaire
« Smooth », chanté par Rob Thomas du groupe Matchbox Twenty, devient un tube colossal, l’un des plus grands succès de l’année, porté par sa chaleur latine et son refrain imparable. « Maria Maria » connaît un destin comparable. Autour de ces locomotives, le disque accueille une pléiade d’invités, de Lauryn Hill à Eric Clapton en passant par Dave Matthews, chacun apportant sa couleur à l’univers du guitariste.
Le résultat est un disque pop parfaitement calibré pour son époque, où la guitare de Santana sert de fil rouge unifiant des styles très différents. Certains puristes regretteront le Santana plus aventureux des débuts, mais le public, lui, répond massivement présent, séduit par cette alchimie entre la légende et la modernité.
Au coeur de tout cela demeure le son inimitable de Santana, cette guitare chantante et brûlante qui a traversé les décennies sans rien perdre de son identité. Quels que soient les invités et les styles abordés, on reconnaît immédiatement sa signature, ce mélange de spiritualité et de sensualité qui a toujours caractérisé son jeu. C’est précisément ce fil conducteur qui empêche « Supernatural » de se réduire à une simple compilation de duos commerciaux. Derrière la stratégie marketing, il y a un musicien authentique, profondément attaché à ses racines latines et à une certaine idée mystique de la musique, qui n’a jamais cessé de jouer avec le coeur.

Une moisson de récompenses
« Supernatural » se vend à des dizaines de millions d’exemplaires dans le monde et rafle une moisson historique de récompenses lors de la grande cérémonie des Grammy Awards, faisant de Santana l’un des grands triomphateurs de la soirée. Le guitariste, longtemps tenu à l’écart des projecteurs, se retrouve soudain au sommet du monde.
Ce succès phénoménal restera comme un cas d’école : celui d’un artiste de légende remis au goût du jour par une stratégie maligne et une générosité musicale intacte. Quoi qu’on pense de la formule, « Supernatural » prouve que le talent et la chaleur de Carlos Santana traversent les générations. La guitare du sorcier de Woodstock chantait encore, et le monde entier s’est remis à l’écouter.
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