That’s the Way of the World
Parti de la soul et du funk, Earth Wind And Fire va flirter avec de très nombreux styles : jazz, gospel, blues psychédélique, pop-rock, musique africaine et musique urbaine, disco… Cet album occupe une place médiane au coeur de tous ces courants, sur laquelle le groupe va laisser une empreinte indélébile.
Maurice White, l’architecte du son
Maurice White naît à Memphis, Tennessee, en 1941. Il grandit dans une ville où la musique est une religion civile, où la soul et le gospel se parlent dans les mêmes églises. Batteur formé à l’école jazz de Chess Records, il rejoint des sessions pour Muddy Waters et Chuck Berry avant de fonder l’Afro-cosmic band Salty Peppers en 1969, qui deviendra Earth, Wind and Fire en 1970. La cosmologie de Maurice White est unique : il intègre le symbolisme égyptien, les principes bouddhistes, l’astronomie populaire africaine dans une esthétique musicale qui emprunte à tous les styles sans se réduire à aucun.
Philip Bailey, le co-chanteur du groupe, est l’autre pôle de cet univers. Sa voix de tenor monte dans des aigus de contre-ténor avec une facilité déconcertante. Sur « That’s the Way of the World », ses harmonies avec White créent une texture vocale qui n’existait nulle part ailleurs en 1975. « Shining Star », le single extrait de l’album, devient leur premier numéro 1 au Billboard pop : une hommage à l’ambition personnelle, un message d’encouragement enveloppé dans un groove irrésistible.
La bande-son d’un film oublié
« That’s the Way of the World » est d’abord la bande originale d’un film du même titre, une production de Harvey Bernhard avec Harvey Keitel et Ed Nelson, sur l’industrie musicale et ses rouages peu ragoûtants. Le film sera un four complet. L’album, lui, sera un triomphe. Produit conjointement par Maurice White et le légendaire Charles Stepney, arrangeur et directeur musical de Cadet Records, il atteint le numéro 1 des charts albums américains.
Charles Stepney mourra d’une crise cardiaque quelques mois après la sortie de l’album. Il avait quarante-cinq ans. Sa contribution aux orchestrations de Earth, Wind and Fire est immense : c’est lui qui a compris comment marier les cordes classiques aux instruments funk, comment introduire le kalimba africain dans un arrangement soul sans que ça sonne artificiel. Maurice White lui rendra hommage à travers l’album « Spirit » (1976).

Shining Star, le chef-d’oeuvre de trois minutes
« Shining Star » dure trois minutes et vingt secondes. Dans cet espace compact, Larry Dunn aux claviers, Al McKay à la guitare, Verdine White à la basse et les cuivres du groupe (Don Myrick, Michael Harris, Louis Satterfield) construisent une machine à groove parfaite. Le break de basse de Verdine White au milieu du titre est l’un des moments les plus copiés de la musique funk : Michael Jackson en a parlé, Prince en a parlé, des centaines de producteurs de hip-hop y ont puisé.
La chanson titre, « That’s the Way of the World », est à l’inverse une ballade soul lente, nostalgique, qui contraste avec l’énergie funky du reste de l’album. Écrite comme une méditation sur le sens de la vie et la nécessité de la persévérance, elle sera reprise par des dizaines d’artistes au fil des décennies. Earth, Wind and Fire fera de la constance dans l’excellence sa marque de fabrique pendant plus de dix ans, jusqu’à ce que la mort de Maurice White en 2016 mette définitivement fin à l’aventure.
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