Can’t Get Enough
par Barry WHITE
Véritable dieu de la soul, Barry White enregistre avec ce troisième album deux de ses plus grands succès : « You’re the First, the Last, My Everything » et « Can’t Get Enough of Your Love, Babe ». Outre ces morceaux, « Can’t Get Enough » propose l’un des plus beaux slows de l’artiste.
La voix de velours, le chef d’orchestre
Barry Eugene Carter naît en 1944 à Galveston, au Texas. Son enfance à Los Angeles est celle d’un quartier difficile de South Central : il voit son frère aîné tirer une balle dans quelqu’un à l’âge de seize ans, frôle lui-même la délinquance, puis décide que la musique sera son salut. À dix-sept ans, il accompagne la sortie de prison avec une seule certitude : il sera musicien. Il commence comme arrangeur, comme directeur musical pour d’autres artistes, et apprend sur le tas ce que les conservatoires enseignent en quatre ans.
Sa voix de basse, une des plus reconnaissables du XXe siècle, est son instrument principal. Elle n’est pas dans les aigus, elle n’impressionne pas par sa souplesse ou sa vitesse. Elle impressionne par sa densité, son autorité tranquille, sa capacité à transformer n’importe quel texte en déclaration d’intention. Quand Barry White vous parle, vous avez l’impression d’être la seule personne au monde qui comptera jamais.
L’orchestre et la séduction
Barry White n’est pas un artiste solo au sens traditionnel du terme. Il est le centre d’un écosystème musical qu’il a construit lui-même : Love Unlimited (le trio vocal féminin), Love Unlimited Orchestra (un ensemble de plus de quarante musiciens), et sa propre carrière de chanteur. « Can’t Get Enough » est le troisième album de ce chanteur Barry White, mais derrière lui il y a toute une architecture sonore.
« You’re the First, the Last, My Everything » est peut-être le tube le plus parfait de l’album. L’introduction orchestrale, les cordes qui s’enroulent autour d’un riff disco naissant, et puis cette voix qui arrive, massive, inévitable. Tony Sepe co-écrit la chanson avec White à partir d’une idée rythmique que White avait dans la tête depuis des années. La chanson atteint le sommet des charts britanniques et américains en 1974, une performance rare pour un artiste soul à une époque où le marché est saturé de concurrents.

Le slow absolu
« Can’t Get Enough of Your Love, Babe » est l’autre chef-d’oeuvre de l’album. Cinq minutes trente de soul lente, construite sur un groove presque minimaliste qui laisse toute la place à la voix. Il y a quelque chose d’hypnotique dans ce titre : la répétition du titre comme un mantra, les cordes qui entrent et sortent discrètement, les choeurs de Love Unlimited qui répondent. White produit lui-même, et sa production est au service d’une seule idée : ne jamais distraire l’auditeur de l’essentiel, qui est cette voix, cette conviction, cette présence physique que la musique enregistrée parvient à transmettre.
Isaac Hayes avait ouvert cette voie quelques années plus tôt avec « Hot Buttered Soul ». Mais White développe quelque chose de plus accessible, moins expérimental, plus directement séducteur. Ce n’est pas de la musique à écouter seul dans le noir. C’est de la musique à partager, de la musique qui présuppose une deuxième personne dans la pièce. Barry White mourra en 2003 d’une insuffisance rénale. Sa voix, elle, ne partira jamais.
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