Rufus Featuring Chaka Khan
Après un tube écrit pour elle par Stevie Wonder (« Tell Me Something Good », album « Rags to Rufus » de 74), Chaka Khan s’impose comme la nouvelle diva de la soul et du funk. Sa notoriété dépasse largement son groupe d’origine, et Rufus devient à partir de cet album « Rufus featuring Chaka Khan ».
Yvette et la voix qui dévore tout
Chaka Khan s’appelle en réalité Yvette Marie Stevens. Elle est née à Great Lakes, Illinois en 1953. Elle rejoint Rufus, un groupe de rock-soul de Chicago, en 1972, après quelques expériences dans des groupes locaux et une participation aux Black Panthers (elle distribuait de la nourriture dans le quartier). Sa voix est quelque chose d’immédiatement exceptionnel : une puissance et une chaleur combinées qui font penser à la fois à Aretha Franklin et à Tina Turner, mais avec une âpreté plus contemporaine, plus funk.
Stevie Wonder la remarque lors d’un concert et lui offre « Tell Me Something Good », une chanson soul-funk construite sur un clavicorde électrique, qui atteint le numéro 3 du Billboard R&B en 1974. La chanson gagne un Grammy Award pour la meilleure performance R&B. C’est la première d’une longue série de collaborations entre Wonder et Khan, deux des plus grandes voix de la musique noire américaine de l’époque.
Sweet Thing, la douceur qui brûle
« Sweet Thing » est la chanson maîtresse de cet album auto-intitulé. Une ballade soul de quatre minutes qui ne ressemble pas à une ballade : la production est dense, les arrangements complexes, et la voix de Chaka Khan monte et descend avec une liberté qui rappelle les grandes improvisatrices de jazz. Rufus s’efface ici derrière leur chanteuse, fournissant le cadre musical parfait pour permettre à cette voix extraordinaire de s’exprimer pleinement.
Tony Maiden à la guitare et David « Hawk » Wolinski aux claviers sont les deux piliers instrumentaux du groupe. Maiden a une technique soul-funk précise, jamais excessive, toujours au service de la chanson. Wolinski comprend comment les claviers peuvent créer une texture qui enveloppe la voix sans l’étouffer. Ensemble, ils créent avec Khan un son qui préfigure ce que l’on appellera la « new soul » des années 80.
La trajectoire d’une reine
Après cet album, Chaka Khan va progressivement dominer la mise au point que son nom finira par éclipser complètement celui de Rufus. Sa carrière solo, lancée en 1978, lui vaudra dix Grammy Awards et des collaborations avec Miles Davis, Quincy Jones, Prince, et bien d’autres. « I’m Every Woman », « Ain’t Nobody », « I Feel for You » : autant de chansons qui définissent une décennie et une époque.
Rufus se séparera définitivement en 1983 après une série d’albums de plus en plus marqués par la prédominance de Khan. Ils se retrouveront ponctuellement pour des concerts et des albums de retrouvailles. Mais « Rufus Featuring Chaka Khan » (1975) reste le moment où la dynamique du groupe bascule définitivement : Khan est ici au centre de tout, et l’honnêteté du titre de l’album dit clairement qui est devenu l’attraction principale.
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