Sortie 1975
Genres disco · funk · smooth soul · soul

Tandis qu’Earth Wind And Fire donne sur scène un incroyable show souvent clownesque et fortement théâtralisé, il manquait encore étonnamment à la discographie du groupe un grand album live… Cette carence est réparée avec les 66 minutes de ce très bon Gratitude.

Le show total et la pyramide

Les concerts d’Earth, Wind and Fire en 1975 sont une expérience sensorielle totale. Maurice White a engagé George Faison, chorégraphe professionnel, pour mettre en scène les prestations du groupe. Des pyramides géantes s’ouvrent sur scène pour révéler les musiciens. Des faisceaux lasers découpent les arènes. Des jongleurs, des acrobates, des danseurs accompagnent la musique. EWF ne joue pas des concerts : il produit des spectacles.

Cette dimension théâtrale est ce qui différencie EWF de ses contemporains funk, même les plus ambitieux. James Brown a l’énergie pure. Sly Stone a la transgression. Earth, Wind and Fire a la magie au sens littéral du terme : Maurice White est un adepte d’Egyptologie et de mysticisme spirituel, et il veut que ses concerts produisent le même effet qu’une cérémonie initiatique. L’album live « Gratitude » tente de capturer cet effet dans un format discographique, avec les limites et les avantages que cela implique.

Sing a Song, le studio dans le live

L’album double comprend deux nouvelles chansons studio : « Sing a Song » et « Gratitude ». « Sing a Song » sera un énorme hit commercial, atteignant le numéro 5 des charts pop. Simple, joyeuse, presque naïve dans sa construction, elle illustre parfaitement la capacité de EWF à créer des hymnes collectifs qui n’excluent personne. C’est une chanson pour tout le monde, à écouter dans des stades ou dans des cuisines, et dans les deux cas elle fonctionne.

Les versions live des chansons de « That’s the Way of the World » sont étirées, augmentées d’improvisations et de solos. « Shining Star » dure sept minutes en live contre trois en studio. « Reasons » est prolongée d’une section vocale a cappella qui montre les capacités chorales du groupe dans toute leur étendue. Philip Bailey chante dans des aigus de contre-ténor qui laissent les auditeurs bouche bée.

Earth Wind and Fire sur scène
Earth, Wind and Fire, l’un des groupes live les plus spectaculaires de leur époque

Le groupe le plus audacieux de son époque

En 1975, Earth, Wind and Fire est au sommet. Deux albums dans la même année, dont un double live : une cadence qui témoigne d’une créativité et d’une productivité exceptionnelles. Le groupe a signé avec Columbia Records après avoir quitté Warner, et la puissance de distribution de Columbia les amène à des ventes mondiales que leurs labels précédents ne pouvaient pas assurer.

Maurice White mourra de la maladie de Parkinson en 2016, ayant gardé secret son diagnostic pendant des années. Verdine White, son frère bassiste, continuera à faire tourner Earth, Wind and Fire avec Philip Bailey. Mais « Gratitude » immortalise une période particulière : celle d’un groupe qui a réussi l’impossible équation entre ambition artistique maximale et succès commercial total. Un groupe qui prouvait chaque soir que la musique populaire peut être raffinée, complexe, spirituelle, et malgré tout danser.

La note des passionnés

4,0 /5

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Gratitude