Sortie 1975

Depuis le milieu des années soixante les frères Gibb ont déjà aligné des dizaines de tubes. Mais dans la volumineuse discographie des Bee Gees, cet album est généralement considéré comme un « must », avec un net retour aux sources rhythm-n-blues… On est juste avant la vague disco dont ils vont être les rois.

Le grand naufrage et le renouveau

Barry, Robin et Maurice Gibb entrent dans les studios Criteria à Miami en 1975 avec une réputation en lambeaux. Les années 1972-1974 ont été catastrophiques : des albums qui ne se vendent plus, des singles qui n’entrent plus dans les charts, une brouille avec Robert Stigwood, leur manager, qui manque de les couler définitivement. Les frères Gibb ont trente ans. Ils ont connu le succès à seize ans avec « New York Mining Disaster 1941 » et « To Love Somebody ». Ils ont traversé une séparation, une réconciliation, des hauts et des bas qui ressemblent à une biographie complète alors qu’ils sont encore jeunes.

Arif Mardin est l’homme qui change tout. Producteur chez Atlantic Records, responsable d’une partie du son soul et R&B américain des années 60 et 70, il rencontre les Bee Gees et comprend immédiatement que le problème n’est pas leur talent : c’est leur direction. Il les amène à Miami, les plonge dans les studios Criteria où ont été enregistrés « Layla » de Clapton et des dizaines de classiques soul, et leur demande d’oublier ce qu’ils croyaient être.

Jive Talkin’ et le rebond

« Jive Talkin' » naît d’un trajet en voiture. Barry Gibb conduit sur le pont qui traverse la baie de Biscayne pour aller au studio, et le bruit des joints de dilatation du bitume sous les pneus lui donne le rythme de la chanson. Ce groove syncopé, ce beat qui trébuche et se relève aussitôt, va devenir la base d’un de leurs plus grands hits. La chanson atteint le numéro 1 en Amérique et en Grande-Bretagne à l’été 1975 : les Bee Gees sont de retour.

« Wind of Change » montre une autre facette : une ballade soul à la production sophistiquée, avec des arrangements de cordes qui rappellent la Motown mais dans une version plus moderne. « Fanny (Be Tender with My Love) » est une déclaration d’amour conventionnelle rendue irrésistible par les harmonies vocales qui font la marque de fabrique du groupe depuis leurs débuts.

Les Bee Gees en concert
Les Bee Gees, Barry, Robin et Maurice Gibb, trois frères et une voix collective unique

Nights on Broadway et la découverte du falsetto

« Nights on Broadway » est la chanson qui change l’histoire du groupe. Barry Gibb improvise dans le studio un contre-chant en falsetto que personne n’avait prévu. La voix monte dans les aigus, fine et brillante comme un fil de lumière. Arif Mardin arrête la session, regarde Barry, et lui demande de refaire ça. Pas seulement dans ce titre : partout. Cette voix en falsetto qui semble venir d’un tout autre registre, d’un tout autre artiste, sera la voix des Bee Gees sur « Saturday Night Fever » deux ans plus tard.

« Main Course » est le disque qui prépare le terrain pour la plus grande réussite commerciale de la musique populaire des années 70. Sans Arif Mardin, sans Miami, sans cette décision de tout recommencer depuis zéro, il n’y aurait pas eu « Stayin’ Alive », il n’y aurait pas eu « How Deep Is Your Love ». Ce n’est pas le disque le plus connu des Bee Gees. C’est le disque sans lequel les disques les plus connus n’existent pas.

— Discographie —

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