Le véritable deuxième album du groupe, enregistré et mixé en treize jours seulement, « Seventeen Seconds » est saisissant de dépouillement. Il n’y a, musicalement, que l’essentiel : les Cure commencent ici leur grand voyage vers l’intérieur.
Treize jours pour un chef-d’oeuvre minimal
Robert Smith avait une vision précise pour « Seventeen Seconds » : un album qui ressemble à l’état mental entre l’éveil et le sommeil, où les pensées sont claires mais flottantes, où les émotions sont présentes mais diffuses. Cette vision exigeait une production minimaliste, sans ornements, sans couches supplémentaires.
Enregistré aux Morgan Studios de Londres en janvier 1980, l’album est terminé en moins de deux semaines. Cette rapidité d’exécution est délibérée : trop de temps en studio aurait produit des sur-arrangements qui auraient trahi l’idée centrale. La beauté de « Seventeen Seconds » vient précisément de ce qu’il ne fait pas : pas de solos de guitare, pas de breaks percussifs, pas de ponts élaborés.
A Forest et le son fondateur
« A Forest » est leur premier grand hit et l’une des chansons fondatrices du post-punk et du rock gothique. La ligne de basse de Simon Gallup (qui a rejoint le groupe pour cet album) est hypnotique, une boucle qui avance sans jamais se presser, comme quelque chose d’inévitable. La guitare de Smith dessine des figures géométriques autour de cette basse. La batterie de Lol Tolhurst frappe avec une précision mécanique qui n’est pas de la froideur mais de la concentration.
Le texte de « A Forest » décrit une errance dans les bois derrière une voix de femme qui disparaît, laissant le narrateur seul et perdu. C’est une métaphore de l’isolement émotionnel traitée avec une économie de moyens exemplaire : pas d’explication, pas de psychologie, juste les images et la musique qui avance.

Play for Today et la suite gothique
« Play for Today » et « M » sont d’autres moments forts de l’album, maintenant le même niveau de tension et d’intériorité tout au long des trente-cinq minutes. L’album est court pour l’époque, et cette brièveté est une force : il dit exactement ce qu’il a à dire et s’arrête.
« Seventeen Seconds » inaugure une trilogie avec « Faith » (1981) et « Pornography » (1982) qui représente le coeur artistique de la première période des Cure. Ces trois albums sont les piliers sur lesquels toute l’esthétique gothique des années 80 a été construite.
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