Les préoccupations métaphysiques de Robert Smith ne le rendent pas vraiment euphorique, mais l’album n’est pas noir pour autant : juste gris, à l’image de la pochette. Une ambiance atmosphérique et contemplative qui est le coeur de toute l’esthétique du groupe.
La trilogie sombre et son sommet
« Faith » est le deuxième volet de la trilogie que les Cure construisent entre 1980 et 1982 avec « Seventeen Seconds » et « Pornography ». Les trois albums partagent une approche commune : minimalisme radical, atmosphère oppressante, textes qui explorent l’intériorité la plus profonde. « Faith » est peut-être le plus équilibré des trois, celui qui trouve le point d’équilibre parfait entre accessibilité et profondeur.
Robert Smith écrit ces chansons dans une période d’interrogation intense sur les questions de foi, de sens, et de permanence. Les textes ne donnent pas de réponses : ils posent des questions, décrivent des états intérieurs, observent le monde avec une distance mélancolique qui est la marque du groupe.
Primary et la lumière dans le gris
« Primary » est le single le plus accessible de l’album, avec une ligne de basse de Simon Gallup qui avance avec la même inexorabilité que sur « A Forest ». La chanson parle de la couleur primaire, de ce qui reste quand tout le reste est enlevé : une métaphore de la quête spirituelle qui innerve tout l’album.
« The Holy Hour » ouvre l’album avec un arpège de cloches et une voix de Smith murmurant dans le silence, créant immédiatement l’atmosphère contemplative qui dominera l’ensemble de l’oeuvre. « All Cats Are Grey » est une méditation nocturne sur l’indistinction, sur la façon dont l’obscurité efface les différences.

The Funeral Party et la fin de la trilogie
« The Funeral Party » est l’une des chansons les plus frappantes de l’album, avec un tempo lent et solennel et des textes qui décrivent une cérémonie funèbre avec une précision d’observation qui touche à l’universelle. La chanson ne glorifie pas la mort : elle l’observe, elle la reconnaît, elle lui donne une dignité.
La trilogie se conclura avec « Pornography » (1982), après laquelle Smith effectue un virage radical vers une pop plus accessible. Mais ces trois albums restent le coeur artistique le plus intense des Cure, la preuve que Smith est un artiste qui va jusqu’au bout de ses idées sans compromis.
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