Le deuxième album des Cure est une compilation : des reprises du précédent disque et leurs premiers singles, « Killing an Arab », « Boys Don’t Cry » et « Jumping Someone Else’s Train ». La page d’un groupe en pleine construction de son identité.
Les Cure et la scène post-punk britannique
The Cure se forme à Crawley, West Sussex, en 1976. Robert Smith (chant, guitare), Lol Tolhurst (batterie) et Michael Dempsey (basse) sont au départ trois adolescents qui découvrent le punk et le post-punk comme une libération. Smith, en particulier, a une vision musicale dès le départ : un son introspectif, émotionnellement direct, qui ne cherche pas à plaire mais à être honnête.
« Boys Don’t Cry » est un album américain conçu pour présenter le groupe au marché américain, qui n’avait pas eu accès à leur premier album « Three Imaginary Boys ». Il rassemble les meilleurs titres de cette période initiale et donne une image cohérente de ce que les Cure étaient à leurs débuts : un groupe entre le punk et la pop, avec des textes plus littéraires que la moyenne.
Killing an Arab et la littérature
« Killing an Arab » est l’une des chansons les plus mal comprises de l’histoire du rock britannique. Elle est fondée sur « L’Etranger » d’Albert Camus, le moment où Meursault tire sur un Arabe sur la plage d’Alger. Smith utilise le roman comme point de départ pour explorer le thème de l’absurde et de la distance émotionnelle, pas comme une déclaration politique. Les Cure ont toujours dû expliquer cette filiation littéraire.
« Boys Don’t Cry » est peut-être leur chanson la plus directement pop de cette période : un texte sur les conventions sociales qui interdisent aux garçons d’exprimer leur vulnérabilité émotionnelle. Smith le dit simplement, sans démonstration, et la mélodie retient ce que les mots disent.

Jumping Someone Else’s Train et la suite
« Jumping Someone Else’s Train » est une chanson critique sur le suivisme et la mode dans la musique : ceux qui adoptent un style musical non pas parce qu’ils le ressentent mais parce que c’est tendance. C’est un texte typique de Smith, qui a toujours eu une conscience aiguë de la façon dont les modes musicaux se forment et se dissolvent.
Ces trois singles posent les bases de ce qui suivra : « Seventeen Seconds », « Faith », « Pornography », les albums sombres et fondateurs de toute l’esthétique gothique des années 80. « Boys Don’t Cry » est le point de départ d’une des carrières les plus cohérentes du rock britannique.
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