Juju, SIOUXSIE AND THE BANSHEES (1981) : le pouvoir sombre
Si Kaleidoscope avait marqué le début de la renaissance des Banshees avec leur nouvelle formation, Juju, sorti en juin 1981 chez Polydor Records, en est la pleine réalisation. C’est l’album le plus cohérent, le plus sombre et le plus ambitieux que Siouxsie Sioux et ses collaborateurs aient signé jusqu’à cette date. John McGeoch à la guitare atteint ici un sommet de créativité, Budgie à la batterie sculpte des rhythmes d’une sophistication remarquable, et Siouxsie elle-même chante avec une autorité et une présence qui sont uniques dans le rock féminin de son époque.
Spellbound : l’incantation parfaite
« Spellbound » est l’un des grands singles du groupe – énergique, direct, avec un riff de guitare de McGeoch qui est immédiatement mémorable et une performance vocale de Siouxsie d’une conviction totale. La chanson dit quelque chose sur l’obsession et la fascination avec une précision qui fait qu’on ne peut pas ne pas être soi-même fasciné par elle. C’est l’un des meilleurs singles du post-punk et du gothic rock britannique.
Le clip qui accompagne la chanson – tourné dans le Hampshire – amplifie visuellement l’atmosphère entre le folk et le gothique que la chanson crée musicalement.
Arabian Knights : l’orientalisme réinventé
« Arabian Knights » est une exploration musicale des territoires sonores qui associent l’Occident et l’Orient dans quelque chose de nouveau. McGeoch joue des lignes de guitare qui évoquent des modes musicaux non-occidentaux sans les imiter servilement, et Siouxsie chante avec une qualité presque incantatoire qui correspond à ce territoire musical hybride.
Halloween : la célébration saisonnière
« Halloween » est une chanson sur la fête du 31 octobre qui en révèle toute la dimension de carnaval et de renversement des normes. Les Banshees traitent le sujet avec une légèreté gothique qui leur est propre : pas de kitsch commercial, mais quelque chose de plus ancien et de plus profond.
La cohérence de l’oeuvre
Juju est un album où chaque chanson est au niveau des autres, où rien n’est en dessous du seuil d’exigence que le groupe s’est fixé. Cette cohérence n’est pas le résultat d’une formule répétée : elle vient d’une vision artistique partagée et d’une maîtrise instrumentale qui permettent au groupe d’aller là où la musique les mène sans perdre le fil directeur.
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