Sortie 1970

Joe Walsh est l’un des guitaristes les plus importants de l’histoire du rock américain , une figure de transition entre le blues rock des années soixante et le hard rock des années soixante-dix, dont le style particulier (mélodique, humoristique, ancré dans le country et le blues mais ouvert à toutes les expériences) sera une des influences majeures sur les guitaristes qui suivront. Rides Again, le deuxième album des James Gang, sorti en 1970, est la preuve la plus convaincante de ce talent.

La James Gang , Joe Walsh à la guitare et au chant, Dale Peters à la basse, Jim Fox à la batterie , est un trio de Cleveland, Ohio. La formule trio (guitare, basse, batterie) , popularisée par Cream et Jimi Hendrix Experience , est le format qui convient parfaitement à la vision de Walsh : une guitare qui occupe l’espace harmonique, mélodique et rythmique simultanément sans avoir besoin du soutien d’un claviériste ou d’un deuxième guitariste.

« Funk #49 » est la chanson la plus connue de l’album , un riff de guitare d’une efficacité absolue, un groove funk-rock qui s’installe immédiatement et ne quitte plus la tête. Walsh joue ce riff avec une précision et une conviction qui en font une des lignes de guitare les plus immédiatement reconnaissables du rock américain des années soixante-dix.

Walsh est aussi compositeur d’une originalité certaine , ses chansons ont des structures inattendues, des titres absurdes (« Funk #49 », « Funk #48 »), des paroles qui mélangent observation sociale et nonsense avec un humour qui préfigure ce qu’il développera dans ses albums solos des années soixante-dix.

Dale Peters à la basse est un des meilleurs bassistes du hard rock américain des années soixante-dix , ses lignes de basse, qui dialoguent constamment avec la guitare de Walsh plutôt que de simplement la doubler, donnent à la musique du James Gang une richesse harmonique qui dépasse ce qu’un trio peut normalement produire. Jim Fox à la batterie est d’une précision et d’une endurance qui permettent au groupe de jouer à des tempos élevés sur des durées longues sans perdre en qualité.

La chanson « The Bomber » , morceau en plusieurs parties qui occupe une bonne partie de la deuxième face de l’album , montre la James Gang capable d’ambitions progressives sans perdre leur directness caractéristique. Les transitions entre les sections sont fluides et musicalement justifiées, pas simplement juxtaposées comme dans certains exercices progressifs moins convaincants.

Walsh rejoindra les Eagles en 1975 , apportant son jeu de guitare caractéristique à un groupe qui allait connaître le plus grand succès commercial du rock américain de la décennie avec Hotel California. Mais les fans de Walsh préfèrent souvent ses albums avec la James Gang et ses premiers solos comme The Smoker You Drink, the Player You Get , une période plus raw et plus directe.

Sur X : @joewalsh

La scene musicale de Cleveland , dont James Gang était l’un des représentants les plus importants , a produit plusieurs des groupes les plus originaux du rock américain des années soixante-dix et quatre-vingt : Devo, Pere Ubu, Dead Boys, The Raspberries. Cleveland n’a jamais eu la réputation de San Francisco ou de New York, mais sa contribution à la diversité du rock américain est réelle et mérite d’être reconnue.

La période Walsh des James Gang , les quatre premiers albums, de 1969 à 1973 , reste leur période de référence. Après son départ, le groupe continuera avec d’autres guitaristes (Tommy Bolin notamment) mais ne retrouvera pas la cohérence créative et l’énergie naturelle de cette première période.

Walsh développait une façon de jouer solo à la guitare qui deviendra une des plus copiées du hard rock américain des années soixante-dix. Son usage du whammy bar pour des effets d’intonation inhabituels, ses slides à la note précise, ses bends d’un ton et demi qui créent des harmoniques inattendus , tout cela constitue un style reconnaissable au premier coup d’oreille que des guitaristes comme Peter Frampton ou Randy Bachman observeront avec attention.

« Take a Look Around » et « Bomber » montrent Walsh compositeur capable de structures longues et de développements thématiques qui dépassent le format de la chanson rock de trois minutes. Cette capacité à penser musicalement sur de longues durées, combinée avec la concision de « Funk #49 », fait de Walsh un compositeur polyvalent d’une rare qualité.

La réunion des James Gang originaux pour des concerts occasionnels depuis les années deux mille montre que la chimie musicale de Walsh, Peters et Fox était aussi réelle et durable que les fans le pensaient. Ces concerts de réunion, souvent dans des salles moyennes, retrouvent l’énergie directe et l’intensité des premières années sans la nostalgie artificielle qui plombe souvent les reformations.

L’album marquera aussi Joe Walsh comme un des compositeurs et arrangeurs les plus honnêtes du hard rock américain , quelqu’un qui refuse la surproduction et les ornements inutiles au profit d’un son direct et musculeux. Cette philosophie de production minimale sera sa marque dans tous ses projets futurs, y compris avec les Eagles.

La scène hard rock américaine de 1970 était encore très ouverte , pas de clichés visuels imposés, pas de codes vestimentaires obligatoires, pas de production standardisée. Des groupes aussi différents que Grand Funk Railroad, James Gang et Cactus coexistaient sous l’étiquette « hard rock » avec des sons très distincts. Cette diversité sera progressivement réduite dans les années soixante-dix quand les codes du genre se fixeront.

Les trois albums de la James Gang avec Joe Walsh , le self-titled, Rides Again et Thirds , forment un corpus cohérent d’une qualité constante. Rides Again est le sommet de ce corpus, le moment où la vision musicale de Walsh, la cohésion du trio et l’énergie créative du groupe atteignent leur point d’équilibre parfait. C’est un album qui demande à être entendu fort, dans un grand espace, avec toute l’attention qu’il mérite.

— Discographie —

Plus de The JAMES GANG

Voir la fiche artiste →

La note des passionnés

4,0 /5

Pas encore noté

Donnez votre note

Continuer l'exploration

L'anthologie continue

Rides Again