Peter Green’s Fleetwood Mac
par FLEETWOOD MAC
Peter Green’s Fleetwood Mac, Fleetwood Mac (1968) : le blues anglais dans toute sa splendeur brute
Voici l’un des plus grands albums de blues britannique jamais enregistrés. En février 1968, quand paraît ce premier album éponyme de Fleetwood Mac, Peter Green a vingt-deux ans et il est déjà le meilleur guitariste de blues d’Angleterre. Certains diront même du monde. Eric Clapton lui-même, qui n’est pas du genre à brader ses compliments, a déclaré que Peter Green était le seul guitariste qui lui avait jamais donné des frissons dans le dos. B.B. King, le roi incontesté du blues électrique, a dit de lui qu’il avait le son le plus pur qu’il avait jamais entendu dans un Anglais. Ces éloges ne sont pas de vains mots : Peter Green’s Fleetwood Mac, le titre complet de cet album qui porte délibérément le nom de son guitariste-leader en tête, est une démonstration éblouissante de ce que le blues peut être quand il est joué avec une authenticité totale, une technique parfaite et une émotion qui dépasse tous les calculs.
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John Mayall donne ses clés de studio à un génie
L’histoire de cet album commence avec un cadeau royal. John Mayall, le patriarche du blues britannique, celui qui a lancé la carrière de Clapton, de Mick Taylor et de tant d’autres, avait accordé à son ex-guitariste Peter Green du temps de studio gratuit à Decca Studios de West Hampstead, à Londres. Green, qui venait de quitter les Bluesbreakers pour former son propre groupe avec le batteur Mick Fleetwood et le bassiste John McVie, deux autres anciens de chez Mayall, y voit une opportunité en or. En quelques séances, enregistrées également aux studios CBS de Londres et produites par Mike Vernon sur le label Blue Horizon, les quatre musiciens, complétés par le guitariste Jeremy Spencer, capturent quelque chose d’essentiel et d’irremplaçable dans l’histoire de la musique populaire britannique.
L’album est un mélange de standards blues revisités et de compositions originales de Green et Spencer. I Loved Another Woman, composition de Green, ouvre l’album avec une sobriété qui coupe le souffle : juste une guitare, une voix et un rhythm blues d’une précision chirurgicale. No Place to Go, reprise d’Howlin’ Wolf, est une déclaration d’amour au Chicago blues dans ce qu’il a de plus viscéral. Les morceaux de Jeremy Spencer, passionnément dévot au style de Elmore James, apportent une couleur complémentaire, plus raw, plus directe encore. Et puis il y a l’instrumental Fleetwood Mac, titre éponyme du groupe, dont le nom est lui-même un hommage aux deux piliers du rythme, Mick Fleetwood et John McVie : un morceau de six minutes d’une intensité hypnotique qui annonce déjà la direction que prendra le groupe dans les mois suivants avec des compositions comme Black Magic Woman et Albatross.
L’album sort en février 1968 et fait immédiatement sensation en Grande-Bretagne, atteignant la quatrième place du hit-parade britannique, exploit remarquable pour un disque de blues pur et dur qui ne fait aucune concession aux modes du moment. C’est la période où le blues boom britannique est à son apogée, où Cream, les Yardbirds et John Mayall ont ouvert la voie, mais Fleetwood Mac va encore plus loin dans l’exigence et la fidélité à la tradition du blues américain.
« I feel that any of us could be replaced… with perhaps a better guitarist or a better bass player. But what you cannot replace is the combination of Mick Fleetwood’s drumming and John McVie’s bass. » – Peter Green
La trajectoire de Peter Green après cet album est l’une des histoires les plus tragiques du rock. Après avoir enregistré des chefs-d’oeuvre comme Oh Well et Albatross, après avoir conduit Fleetwood Mac au sommet du rock britannique entre 1968 et 1970, il basculera dans la maladie mentale, distribuera ses gains à des organisations caritatives, et disparaîtra de la scène musicale pendant de longues années. Mais ce premier album, innocent et lumineux, avant que les ombres ne s’accumulent, reste un témoignage de ce que peut être la grâce musicale absolue quand un guitariste touche à quelque chose qui le dépasse.
Cinquante ans plus tard, Peter Green’s Fleetwood Mac continue d’éblouir et d’émouvoir. C’est le blues dans sa forme la plus pure, débarrassé de toute affectation, de tout artifice, joué avec un respect absolu pour ses racines américaines mais aussi avec cette sensibilité particulière qui est proprement britannique, cette façon de ressentir le blues comme une langue étrangère apprise avec une passion qui dépasse celle des locuteurs natifs. Un disque fondateur qui mérite d’être au panthéon de la musique du vingtième siècle.
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