Peter Green est parti depuis 1970… suit un certain passage à vide et de nombreux changements de personnel. En 1975, Lindsey Buckingham (guitare, chant) et Stevie Nicks (chant) rejoignent le groupe qui publie cet album éponyme, comme s’il s’agissait d’une nouvelle naissance.
La renaissance par le désastre
Mick Fleetwood, le batteur et cofondateur du groupe, et John McVie, le bassiste, ont survécu à tout : le départ de Peter Green en 1970 (une crise psychotique liée au LSD), le départ de Jeremy Spencer (converti à une secte religieuse en pleine tournée américaine), le départ de Danny Kirwan (problèmes d’alcool), le renvoi de leur manager pour avoir embauché un faux Fleetwood Mac en tournée. Chaque départ semblait définitif. Chaque fois, Mick Fleetwood reconstruisait.
Christine McVie, claviers et voix, est l’élément de continuité. Entrée dans le groupe comme femme de John McVie en 1970, elle est devenue, album après album, l’une de ses compositrices les plus importantes. Mais quand Mick Fleetwood entend une démo d’un duo californien inconnu, Lindsey Buckingham et Stevie Nicks, il comprend immédiatement que c’est ça qu’il lui faut. Il les invite à rejoindre le groupe en 1975. Les deux acceptent à la condition d’intégrer ensemble ou pas du tout.
Rhiannon, la déesse galloise
Stevie Nicks écrit « Rhiannon » en dix minutes, dit-elle, après avoir lu un roman sur une sorcière galloise du même nom. La chanson est construite sur un riff de guitare de Buckingham et une mélodie vocale qui monte et descend comme une vague. Dans la version album, elle dure quatre minutes. En concert, elle sera parfois étendue à quinze minutes pendant lesquelles Stevie Nicks entre dans une transe qui tient autant du chaman que de la chanteuse pop. Les journalistes la surnomment « la sorcière blanche du rock ».
« Landslide » est l’opposé de « Rhiannon » : une chanson acoustique, intime, que Nicks a écrite à Aspen, Colorado, en regardant les montagnes. Elle parle d’un moment de transition personnelle, de la peur de vieillir et de changer. Buckingham l’accompagne à la guitare classique avec une délicatesse qu’on ne lui connaissait pas encore. La chanson deviendra l’une des plus reprises de la discographie de Fleetwood Mac.

La préfiguration de Rumours
« Over My Head » est le premier single de l’album et atteint le Top 20 aux États-Unis. « Say You Love Me » suit. L’album est certifié platine et reste dans les charts pendant plus d’un an. Warner Bros. Records comprend qu’il a entre les mains quelque chose d’exceptionnel. Mais si « Fleetwood Mac » est le début, « Rumours » (1977) sera l’apogée.
Ce qui rend « Rumours » possible, c’est la réalité des relations internes au groupe : Stevie Nicks et Lindsey Buckingham se séparent pendant l’enregistrement. John et Christine McVie divorcent. Mick Fleetwood rompt avec sa femme. Cinq personnes qui s’aiment, se détestent, se blessent et se pardonnent dans le même studio, avec l’obligation professionnelle de continuer à faire de la musique ensemble. « Rumours » captera tout ça avec une précision déchirante. « Fleetwood Mac » (1975) est le dernier album de l’insouciance, celui d’avant la tempête.
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