L’avant-garde allemande

1973. Faust publie son quatrième album, et le groupe allemand de Wumme continue d’explorer les territoires les plus éloignés de ce que le rock peut être. Faust n’est pas un groupe de rock au sens conventionnel. Ce sont des expérimentateurs qui utilisent les guitares, les basses, les batteries et les synthétiseurs non pas pour créer des chansons mais pour créer des paysages sonores, des objets musicaux qui défient les catégories habituelles.

Le collectif Faust a été fondé à Hambourg en 1971, soutenu par Uwe Nettelbeck comme manager et architecte artistique, et alimenté par une série de musiciens dont les plus stables sont Werner Diermaier, Jean-Hervé Péron et Hans Joachim Irmler. Leur premier album contenait une reprographie de main en X-ray sur la couverture et une musique qui mélangeait des sections de rock répétitif, des boucles électroniques, des passages quasi orchestraux et des interludes de bruit pur. Polydor les avait signés en espérant un groupe de rock commercial et avait reçu quelque chose d’entièrement différent.

Le krautrock allemand des années 1970, dont Faust est l’un des représentants les plus radicaux, est en partie une réaction à la culture du rock’n’roll américain et britannique. Ces musiciens allemands ne voulaient pas reproduire une culture d’importation. Ils voulaient créer quelque chose qui soit authentiquement allemand, ancré dans les traditions de la musique contemporaine et de l’avant-garde européenne plutôt que dans le blues du Delta ou le rock and roll de Memphis.

La répétition comme méthode

Faust, comme Can, comme Neu!, utilise la répétition comme technique compositionnelle centrale. Un motif est établi, puis répété, puis légèrement modifié, puis répété encore, créant une musique qui avance dans le temps d’une façon complètement différente des structures verse-refrain-pont du rock conventionnel. Cette approche a des racines dans la musique minimale américaine de Terry Riley et Steve Reich, dans les recherches de Karlheinz Stockhausen (dont certains membres de Can avaient été les étudiants à Cologne), et dans les traditions de la trance musicale africaine et indienne.

La qualité de l’écoute que Faust demande est donc différente de celle que demande un album de pop. Il ne faut pas attendre le hook, le refrain, la montée émotionnelle. Il faut accepter d’être dans un flux sonore continu qui change imperceptiblement sur la durée, et laisser cette immersion graduelle faire son effet. C’est une expérience d’écoute active et patiente qui récompense avec une sensation de désorientation et d’expansion mentale que peu d’autres musiques peuvent produire.

L’influence de Faust sur la musique qui suit est difficile à surestimer. Post-punk, industrial, ambient, electronic body music, noise rock : tous ces genres ont absorbé des leçons de Faust et de leurs contemporains allemands. Brian Eno a souvent mentionné Faust et les autres groupes krautrock comme sources d’inspiration directe pour ses propres explorations.

La marge qui devient le centre

En 1973, Faust est un groupe marginal, vendu en petits nombres, peu connu hors des cercles de la musique expérimentale et des magazines spécialisés. Cinquante ans plus tard, ils sont reconnus comme l’un des groupes les plus importants de la musique du vingtième siècle. Cette trajectoire inverse, de la marge vers le centre historique, est caractéristique des artistes qui travaillent trop en avance sur leur temps pour être compris immédiatement par leurs contemporains.

— Discographie —

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