Space Ritual
par HAWKWIND
Le rite cosmique
1973. Hawkwind publie Space Ritual, double album live enregistré lors de leur tournée britannique de 1972, et offre à l’histoire de la musique rock le document le plus complet et le plus immersif de ce qu’était Hawkwind sur scène à son apogée. Ce n’est pas simplement un album live. C’est une performance totale : musique, poésie déclamée, effets sonores, textures électroniques, le tout assemblé en une expérience qui dure plus de quatre-vingt minutes et qui vise à transporter l’auditeur dans un état de conscience modifié.
Hawkwind en 1972 était une formation instable et brillante : Dave Brock à la guitare et aux claviers, Lemmy Kilmister à la basse et aux chants, Robert Calvert qui récitait des poèmes et chantait, Nik Turner au saxophone et à la flûte, Dik Mik et Del Dettmar aux synthétiseurs et à l’électronique, Simon King à la batterie. Stacia, danseuse qui se produisait pratiquement nue sur scène, faisait partie du spectacle visuel. C’était un groupe qui n’avait pas de précédent exact dans l’histoire du rock anglais : pas vraiment prog, pas vraiment punk, pas vraiment heavy metal, quelque chose entre les trois qui portait en germe toutes ces directions.
La scène d’ouverture de l’album, Earth Calling, établit immédiatement l’atmosphère : une voix cosmique qui appelle depuis l’espace, des synthétiseurs qui créent une texture de fond, avant que le groupe n’entre progressivement dans le premier titre. Nik Turner déclame un texte de Robert Calvert sur la science-fiction et la condition humaine. La musique commence à pulser.
Lemmy avant Motorhead
Ian Fraser Kilmister, dit Lemmy, avait rejoint Hawkwind en 1971 comme bassiste et chanteur de secours. Son style de jeu de basse était unique : une approche rythmique presque percussive, des accords plaqués sur l’instrument grave, une façon de jouer les riffs de guitare à la basse qui donnait au son du groupe une rugosité et une puissance particulières. Il chantait de sa voix grave et légèrement bredouillante qui deviendrait l’une des grandes voix du heavy metal.
Sa performance sur Space Ritual est visible sur les titres qu’il chante en lead : Master of the Universe et Brainstorm sont des démonstrations de ce que sera Motörhead quelques années plus tard. La rapidité, le volume, l’énergie physique que Lemmy mettait dans ses chansons contrastait avec les parties plus expérimentales et électroniques de Dik Mik et Del Dettmar, et cette tension était au coeur du son particulier de Hawkwind à cette période.
Lemmy sera renvoyé de Hawkwind en 1975, officiellement pour avoir été arrêté à la frontière canadienne avec de la drogue. Il formera Motörhead l’année suivante. Sa contribution à Space Ritual reste son apogée avec le groupe, le document qui montre ce qu’était Lemmy avant qu’il ne définisse son propre son avec son propre groupe.
La tradition des grandes performances
Space Ritual s’inscrit dans une tradition britannique de la performance rock totale qui doit beaucoup au free jazz, aux happenings des années 1960 et à la culture des festivals. Pink Floyd avait exploré des directions similaires avec ses shows sons et lumières des années 1967-1968. Hawkwind radicalise cette approche et l’oriente vers quelque chose de plus brutal et de plus physique. La musique ne cherche pas la beauté formelle. Elle cherche l’impact, le transe, l’annihilation de la conscience ordinaire dans le son.
Pour les fans de Hawkwind, Space Ritual reste le monument. Pour ceux qui découvrent le groupe, c’est la porte d’entrée la plus spectaculaire vers un monde musical qui n’existe que là, nulle part ailleurs.
Plus de HAWKWIND
Voir la fiche artiste →La note des passionnés
Pas encore noté
Donnez votre note
Continuer l'exploration

