1971 Album

High Time

par MC5

4,0
Sortie 1971
Artiste MC5
Genres hard rock · proto-punk

MC5. Detroit, 1971. Leur troisième et dernier album sort dans les décombres d’un groupe qui s’effondre. Les arrestations, les dettes, les dissensions internes, la pression des poursuites judiciaires liées à leurs relations avec John Sinclair et les White Panthers : MC5 a vécu trop vite et trop fort pour pouvoir durer. « High Time » est leur adieu, et quel adieu. Un album d’une maturité et d’une profondeur qui tranche avec la furie adolescente de « Kick Out the Jams », mais qui porte en lui la même conviction absolue que la musique peut être un acte politique et existentiel.

Le MC5, Motor City Five, est né à Lincoln Park, Michigan, dans la banlieue ouvrière de Detroit. Wayne Kramer et Fred « Sonic » Smith à la guitare, Rob Tyner au chant, Michael Davis à la basse, Dennis Thompson à la batterie : ces cinq jeunes hommes de la classe ouvrière américaine avaient décidé que leur musique serait une arme autant qu’un divertissement. Leur premier album « Kick Out the Jams », enregistré live en 1969, était une explosion de rage et d’énergie qui n’avait pas d’équivalent dans le rock américain de l’époque.

« High Time » est plus lent, plus réfléchi, plus jazzy par moments. Wayne Kramer et Fred Smith sont à leur apogée comme guitaristes doubles, jouant en conversation permanente dans un style qui annonce les guitaristes doubles du punk et du post-punk des années suivantes. Leur façon de construire des murs de guitare et de les trouer de solos fulgurants est musicalement plus sophistiquée sur cet album que sur leurs deux précédents.

Rob Tyner chante avec une puissance et une conviction qu’on sent tendu jusqu’au point de rupture. Il y a dans sa voix quelque chose d’urgent et de fragile qui reflète l’état du groupe au moment de l’enregistrement : des hommes qui sentent que c’est peut-être la dernière fois, qui mettent tout ce qu’ils ont dans ces chansons parce qu’ils savent qu’il n’y aura peut-être pas d’autre occasion.

Atlantic Records avait signé MC5 après leur départ d’Elektra, où leur premier album avait provoqué des controverses liées à leurs paroles et à leurs affiliations politiques. Atlantic était une maison plus solide commercialement, mais le groupe que le label avait signé n’existait plus vraiment dans sa forme originale. La foi politique qui avait alimenté leurs premières années s’était heurtée aux réalités de l’industrie musicale et de la justice américaine.

L’héritage de MC5 est immense et se mesure en termes d’influence plutôt que de ventes. Punk, hardcore, noise rock, heavy metal : toutes ces formes musicales qui ont dominé le rock des années 1970 à nos jours portent en elles quelque chose de l’énergie et de la conviction du MC5. The Clash, The Stooges, les Ramones, Sonic Youth : les filiations sont directes et revendiquées.

« High Time » est le document final d’un groupe qui avait osé ce que peu osaient : croire que la musique pouvait changer quelque chose dans le monde. Ils se sont trompés sur les modalités du changement. Mais ils avaient raison sur l’essentiel : la musique, quand elle est faite avec cette conviction, laisse une trace indélébile.

Sur X : @mc5official

La note des passionnés

4,0 /5

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High Time