MC5 est le groupe qui préfigure le punk rock avec dix ans d’avance , un groupe de Detroit dont l’énergie brute, la puissance électrique et le refus de toute politesse musicale ou sonore ont posé les fondations de ce que les Ramones et les Sex Pistols feront six ans plus tard. Back in the USA, leur deuxième album, sorti en janvier 1970, est leur album le plus accessible , plus pop, plus court, plus direct que le live Kick Out the Jams , et paradoxalement leur album le moins reconnu à leur époque.
La formation de MC5 , Rob Tyner au chant, Wayne Kramer et Fred « Sonic » Smith à la guitare, Michael Davis à la basse, Dennis Thompson à la batterie , est une des forces rythmiques et sonores les plus puissantes du rock américain de cette époque. Le double attaque de guitare , deux guitaristes qui jouent simultanément des riffs et des solos, souvent à des tempos qui semblent défier la physique , est leur marque sonore la plus immédiatement distinctive.
Jon Landau , le producteur, qui sera plus tard le manager de Bruce Springsteen , imposait à MC5 une discipline studio qu’ils n’avaient pas sur scène. Les chansons sont courtes (deux à trois minutes), les solos contrôlés, la production propre sans être aseptisée. Ce cadre a créé un album plus commercial dans l’intention que Kick Out the Jams mais qui n’a pas connu le même impact immédiat.
« Tutti Frutti » , la reprise de Little Richard , ouvre l’album avec une énergie et une vitesse qui montrent d’emblée que MC5 voulait relier leur rock au rock and roll originel des années cinquante. Cette connexion avec les fondations , Little Richard, Chuck Berry, Eddie Cochran , est aussi une façon de dire que la révolution qu’ils voulaient faire était un retour aux sources plutôt qu’une rupture totale.
« Looking at You » et « Tonight » sont des chansons rock d’une efficacité et d’une énergie qui montrent le groupe capable de composer des morceaux qui n’ont pas besoin de la provocation pour fonctionner musicalement. La qualité intrinsèque des compositions , des mélodies simples mais efficaces, des riffs qui s’installent immédiatement , est parfois sous-estimée dans l’histoire du groupe.
Detroit , la ville des MC5 , est aussi la ville de la Motown et du son Detroit soul. Cette coexistence dans la même ville d’une soul d’une douceur et d’un optimisme commercial (Motown) et d’un rock de l’urgence et de la colère (MC5, Stooges, Ted Nugent) est une des contradictions les plus productives de la culture populaire américaine des années soixante-dix.
Iggy Pop et les Stooges , contemporains et voisins de MC5 dans l’underground de Detroit , étaient l’autre branche du même arbre : un rock de l’excès et du dépouillement simultanés qui refusait les conventions du rock progressif sophistiqué au profit d’une primitivité musicale délibérée. Ensemble, MC5 et les Stooges ont posé les fondations du punk avant que le terme existe.
La dissolution de MC5 en 1972 , après trois albums et sans le succès commercial qui aurait pu les sauver des tensions internes , laisse une discographie courte mais d’une importance historique considérable. Wayne Kramer, le guitariste qui sera le plus actif après la dissolution, maintiendra la flamme de l’héritage du groupe pendant des décennies.
Back in the USA est, avec le premier album des Ramones et Raw Power d’Iggy, un des documents fondateurs du mouvement punk , un album qui montre que le rock peut être court, direct, bruyant et musicalement efficace sans avoir besoin de sophistication progressive ni d’ambitions conceptuelles. Cette leçon de minimalisme radical restera l’une des plus influentes de l’histoire du rock.
Le manager et mentor de MC5 , John Sinclair, fondateur du White Panther Party , a contribué à la dimension contre-culturelle du groupe mais a aussi compliqué leurs relations avec l’industrie musicale mainstream. Elektra Records, leur premier label, les avait signés avec l’espoir de canaliser leur énergie , avant de rompre le contrat quand les ventes du live Kick Out the Jams ne répondaient pas aux attentes.
Wayne Kramer et Fred Smith (qui épousera Patti Smith en 1980) forment une des paires de guitaristes les plus complémentaires du proto-punk américain. Leurs solos croisés , où l’un finit ce que l’autre a commencé, ou où les deux jouent simultanément dans des registres différents , créent une texture de guitare d’une complexité et d’une puissance qui n’appartient qu’à MC5.
La réhabilitation de MC5 par le mouvement punk , les Sex Pistols, les Ramones et les Clash les citaient tous comme une influence majeure , a donné au groupe une importance rétrospective qu’ils n’avaient pas totalement capitalisée pendant leur existence active. Cette reconnaissance posthume, si fréquente dans le rock, est particulièrement frappante dans le cas de MC5.
Le troisième album de MC5 , High Time, sorti en 1971 , était encore plus expérimental que Back in the USA, avec des influences jazz et des arrangements plus complexes. Mais il ne trouvera pas plus son public que les deux premiers, et le groupe se séparera peu après. L’histoire de MC5 est celle d’un groupe dont l’importance était inversement proportionnelle à son succès commercial.
Rob Tyner , le chanteur de MC5, mort en 1991 d’une crise cardiaque , était un performer de scène d’une intensité et d’une présence qui n’étaient pas complètement capturées sur disque. Sa façon de travailler le public, de créer une interaction entre la scène et la salle, était dans la tradition des grands performers de soul et de r&b. Le voir sur scène était une expérience différente de l’écoute de ses enregistrements.
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