1971. Peter Pan avait son Pays Imaginaire. Le rock a ses albums Neverneverland : des oeuvres qui existent dans un espace à part, entre la réalité et le rêve, entre ce qui peut se dire directement et ce qui doit passer par le filtre de la métaphore et de l’imagination pour atteindre sa cible. Un titre comme « Neverneverland » pour un album de 1971 dit quelque chose sur l’état d’esprit de son époque : une génération qui avait cru aux grandes utopies de la fin des années 1960 et qui commençait à comprendre que les pays imaginaires ne se construisent pas si facilement.

La référence à Barrie et à son île de l’enfance permanente n’est pas anodine dans le contexte culturel de 1971. Les illusions de Woodstock s’étaient dissipées. Altamont avait montré la face sombre de la fête rock. Les Beatles s’étaient séparés. Les grandes communautés hippies avaient pour la plupart échoué dans leurs tentatives de créer des modes de vie alternatifs durables. Dans ce contexte de désillusion post-utopique, l’invitation à voyager dans un pays qui n’existe pas peut être lue comme une fuite ou comme une affirmation de la valeur de l’imagination contre les limitations du réel.

La scène rock de 1971 était traversée par ces questions sur le sens et les limites de l’évasion. Les albums qui portaient des titres rêveurs ou mythologiques s’inscrivaient dans une tradition de la chanson populaire comme porte vers d’autres mondes, tradition aussi vieille que les ballades médiévales et aussi contemporaine que le rock psychédélique californien. La musique comme transport, comme voyage, comme invitation à quitter momentanément le monde tel qu’il est pour habiter le monde tel qu’il pourrait être.

Les groupes britanniques de prog rock et de folk rock de cette période étaient particulièrement attirés par les univers mythologiques et fantastiques. La tradition de la littérature britannique de l’imaginaire, de Lewis Carroll à Tolkien, avait nourri l’imagination de toute une génération de musiciens qui cherchaient dans la fiction et le mythe des ressources que le réalisme quotidien ne pouvait pas leur offrir. C’est dans cette tradition que s’inscrit un titre comme « Neverneverland ».

La musique de cette période explore les territoires du rêve avec des instruments qui sont eux-mêmes des machines à rêver : les claviers électroniques, les guitares avec leurs effets de delay et de reverb, les voix multipliées par l’écho. Ces technologies du son créent des espaces acoustiques qui n’existent pas dans la nature, des profondeurs et des distances qui n’appartiennent qu’à la musique enregistrée. « Neverneverland » comme titre revendique explicitement cet espace imaginaire.

La valeur de ces albums moins connus de 1971 réside précisément dans leur marginalité : ils n’avaient pas à se conformer aux attentes d’un succès commercial déjà établi. Ils pouvaient explorer, tâtonner, trouver leur propre voix sans la pression de répéter une formule gagnante. Ces espaces de liberté produisent parfois les musiques les plus inattendues et les plus durables.

Sur X : @britishrock1971

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Neverneverland