Sortie 1972

Bonnie Raitt. Los Angeles, 1972. Il y a dans le blues blanc américain une tradition de femmes guitaristes que l’histoire officielle du genre a souvent reléguée en arrière-plan au profit des figures masculines. Bonnie Raitt est l’héritière directe de cette tradition méconnue, et « Give It Up » est le deuxième album qui confirme qu’elle n’est pas simplement une bonne musicienne de blues folk mais quelque chose de plus rare : une guitariste slide d’une expressivité et d’une maîtrise technique qui rivalisaient avec les meilleurs musiciens de sa génération, homme ou femme.

Bonnie Lynn Raitt est née à Burbank, Californie, le 8 novembre 1949, fille du chanteur de comédie musicale John Raitt. Sa découverte du blues à Radcliffe College de Cambridge, Massachusetts, sa formation auprès du musicien de folk et de blues Fred McDowell, et son incroyable progression comme guitariste slide en l’espace de quelques années : tout cela la distinguait de ses contemporaines de la scène de Laurel Canyon.

Sa slide guitar est jouée avec un bottleneck de verre qui produit ce son liquide et expressif qui est la signature sonore du style. Raitt avait développé une technique propre, fondée sur l’écoute attentive de Robert Johnson, de Fred McDowell, de Mississippi John Hurt, et qu’elle avait transformée en quelque chose d’entièrement personnel. Sa façon de phraser les solos, avec cette expressivité qui rappelle plus le chant que l’instrumentation, était déjà sur cet album pleinement développée.

Eric Kaz avait écrit « Love Has No Pride », l’une des chansons les plus belles de l’album, une ballade de fin d’amour d’une dignité et d’une honnêteté qui allaient en faire une des grandes chansons de la tradition singer-songwriter américaine. Raitt la chante avec une sobriété émotionnelle qui en décuple la force : pas de larmes dans la voix, juste la clarté de quelqu’un qui dit la vérité.

Warner Bros. avait signé Raitt en 1971 avec la conviction que son talent était réel et que son public existait, même s’il faudrait du temps pour le trouver. Cette confiance était celle d’une maison de disques qui pouvait encore se permettre d’investir sur le long terme dans des artistes dont le succès n’était pas immédiat. Raitt n’atteindrait la célébrité commerciale que bien plus tard, avec « Nick of Time » en 1989, mais la qualité de son travail depuis ses débuts était incontestable.

Lowell George, fondateur de Little Feat, produit certains morceaux de l’album. Sa compréhension du blues et du rock de la côte Ouest lui permettait de saisir exactement ce que Raitt cherchait musicalement et de l’aider à le trouver. La complicité artistique entre ces deux musiciens qui partageaient des références et des aspirations similaires est perceptible dans les morceaux qu’ils ont travaillés ensemble.

Sur X : @bonnieraitt

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4,0 /5

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