Into the Purple Valley
par Ry COODER
Ry Cooder. Los Angeles, 1971. Un musicien dont le nom n’est pas encore connu du grand public mais dont les musiciens les plus attentifs savent depuis quelques annees qu’il represente quelque chose d’unique. Ry Cooder est un archeologue musical : il plonge dans les archives de la musique populaire americaine, en ramene des perles oubliees, les fait briller avec ses arrangements et son jeu de guitare d’une intelligence et d’une elegance sans pareil. « Into the Purple Valley » est son second album solo et la confirmation de tout ce que son premier avait promis.
Ryland Peter Cooder est ne a Los Angeles le 15 mars 1947. Il commence la guitare a quatre ans avec une facilite stupefiant. A dix-sept ans, il joue dans le groupe de Taj Mahal. A dix-neuf ans, il travaille avec Captain Beefheart. Les Rolling Stones l’invitent a participer aux sessions de « Let It Bleed » en 1969 ; il joue le bottleneck sur « Love in Vain ». Brian Jones l’avait surnomme « one of the finest musicians in the world » apres avoir travaille avec lui.
Ce qui distingue Cooder de tous ses contemporains guitaristes, c’est son insatiable curiosite musicale. Pendant que la plupart des guitaristes rock de 1971 perfectionnaient leur jeu blues-rock ou leurs riffs de hard rock, Cooder etudiait les enregistrements d’Ry Cooler avait etudie les enregistrements d’Blind Blake, de Lead Belly, de Woody Guthrie, de Gabby Pahinui guitariste hawaien, des musiciens tex-mex des annees 1930 et 1940. Cette education autodidacte l’avait equipe d’un repertoire et d’une sensibilite que personne d’autre ne possedait.
« Into the Purple Valley » est un album de reprises de chansons americaines anciennes, comme l’etait son premier disque. Woody Guthrie, Lead Belly, les Weavers : Cooder puise dans le reservoir infini de la tradition folk americaine pour construire un disque qui ressemble moins a un musee qu’a une conversation vivante avec les morts. Les chansons qu’il choisit ne sont pas de simples curiosites historiques. Elles parlent de situations et d’emotions qui restent actuelles parce qu’elles appartiennent a la condition humaine permanente.
Son bottleneck slide guitar est l’instrument central de l’album. La technique du slide, qui consiste a faire glisser un tube de metal ou de verre sur les cordes pour obtenir des notes continues et des glissandi expressifs, est une tradition de la musique blues et country americaine. Cooder la maitrise avec une precision et une musicalite qui en font quelque chose de neuf. Ses phrases sont longues et melodiques, ses ornements sobres et efficaces, son sens du placement rythmique impeccable.
Les musiciens qui l’accompagnent sur cet album incluent Jim Keltner, batteur de session legendaire dont la palette rythmique est immense, et plusieurs autres professionnels de la scene californienne qui avaient compris que jouer avec Cooder etait une education musicale en soi. Son exigence en studio etait celle d’un perfectionniste qui sait exactement ce qu’il cherche mais garde suffisamment de souplesse pour reconnaitre quand quelque chose d’inattendu et de meilleur se presente.
Cooder travaillait avec le producteur Lenny Waronker chez Warner Bros, un des responsables artistiques les plus eclaires de l’industrie. Waronker avait aussi produit Van Dyke Parks et Randy Newman, deux autres artistes inclassables que Warner laissait faire exactement ce qu’ils voulaient dans la conviction que la qualite artistique finit toujours par trouver son public.
Cet album n’a pas ete un succes commercial immediat. Mais il a ete entendu par les bonnes personnes. Eric Clapton, Keith Richards, les musiciens les plus sensibles de leur generation ont reconnu dans Cooder quelqu’un qui faisait quelque chose d’essentiel : garder vivante la connexion entre la musique populaire contemporaine et ses racines les plus profondes. Cette fonction est peut-etre la plus importante qu’un musicien puisse remplir.
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