2005 Album

Get Behind Me Satan

par The WHITE STRIPES

4,0

Apres le triomphe planetaire d’Elephant en 2003 – avec Seven Nation Army transforme en hymne de stades du monde entier – tout le monde attendait la suite avec une impatience teintee d’inquietude. Jack White et Meg White allaient-ils capitaliser sur cette formule gagnante, surfer sur ce blues-rock garage qui les avait propulses au sommet des charts ? Bien sur que non. Get Behind Me Satan arrive en juin 2005 et prend tout le monde a contre-pied avec une elegance totale. Jack White pose sa guitare. Il prend le marimba. Il prend le piano. Il explore des territories qu’il n’avait jamais cartographies auparavant, avec cette curiosite insatiable qui est la caracteristique des vrais artistes – ceux qui ne savent pas rester en place, qui n’ont que faire des attentes du public ou de l’industrie, qui suivent leur instinct creatif jusque dans ses retranchements les plus inconfortables. Le resultat est l’album le plus etrange et peut-etre le plus fascinant de la discographie des White Stripes.

Le Marimba, le Piano et la Rupture avec le Blues-Rock

La decision de mettre la guitare electrique au second plan sur Get Behind Me Satan est une prise de risque artistique considerable. Les White Stripes avaient bati leur reputation sur ce duo ultraminimaliste – guitare et batterie, rouge et blanc, frere et soeur (ou ex-mari et femme, selon la version retenue), garage et brut. Enlever la guitare de l’equation, ou du moins la relayer, c’est s’exposer a l’incomprehension du public qui avait adopte le groupe pour cette formule precise. Mais Jack White a toujours ete plus interesse par l’exploration que par la consolidation. Le marimba apporte une couleur totalement nouvelle au son des White Stripes – plus organique, plus fragile, plus proche d’une certaine tradition de musique populaire americaine des annees 1930 que du Detroit garage rock. Et Meg White, liberee de la pression d’etre le seul soutien rythmique d’une guitare electrique massive, revele une sensibilite percussive plus subtile qu’on ne lui avait jamais reconnue.

La Tracklist : Un Voyage dans l’Inconfort Creatif

Blue Orchid ouvre l’album avec la distorsion la plus agressive que White ait jamais utilisee – une entree en matiere trompeuse qui fait croire que l’album va aller dans une direction, avant de pivoter completement. The Nurse est une chanson gothic-folk qui ressemble a une vieille comptine rendue sinistre. My Doorbell est le seul vrai single de l’album – un boogie piano entetant et pop qui rappelle que White sait parfaitement ecrire des morceaux accessibles quand il le decide. Forever for Her est une ballade piano d’une beaute dechirant. Little Ghost est un duo acoustique directement sorti des Appalaches, avec un picking de guitare et une melodie qui semblent avoir cent ans. The Denial Twist renoue avec le garage punk. Passive Manipulation est un sketch de moins d’une minute confie entierement a Meg – un moment de grace et d’humour discret. I’m Lonely (But I Ain’t That Lonely Yet) ferme l’album avec une poignance tranquille.

Meg White et la Question de la Simplicite Percussive

Il faut defendre Meg White contre ses detracteurs. Tout au long de la carriere des White Stripes, elle a ete la cible de critiques qui lui reprochaient sa simplicite technique – elle ne sait pas jouer, disaient les connards du rock conventionnel, elle n’a aucune virtuosite. Ce qu’ils n’avaient pas compris, c’est que sa « simplicite » etait le contrepoids parfait de la densite de Jack. Sa batterie ne cherche pas a impressionner – elle cherche a servir la chanson, a creer l’espace dans lequel la guitare ou le marimba de Jack peut respirer. Sur Get Behind Me Satan, cette fonction est encore plus manifeste : sans l’armure du son electrique massif, les choix de Meg sont encore plus evidemment deliberes, encore plus evidemment essentiels a la musique. Les meilleurs batteurs ne sont pas ceux qui jouent le plus de notes – ce sont ceux qui choisissent les bonnes notes au bon moment.

Un Album Maudit et Admirable

Get Behind Me Satan a ete accueilli avec une certaine perplexite par le public qui attendait un successeur direct d’Elephant. Il a pourtant recu l’un des Grammy du meilleur album rock de l’annee 2006. Avec le recul, c’est probablement l’album des White Stripes qui vieillit le mieux – non pas parce qu’il est le plus accessible, mais parce qu’il est le plus ambitieux dans sa recherche. Il prefigure les explorations solo de Jack White, sa fascination pour les genres americains anciens, son rapport complexe a la tradition et a l’avant-garde. C’est un disque qui demande plusieurs ecoutes avant de livrer toutes ses secrets, mais chaque ecoute supplementaire revele quelque chose de nouveau. Get Behind Me Satan n’est pas un album parfait – aucun album aussi ambitieux ne l’est vraiment – mais c’est un album indispensable, une etape cruciale dans l’evolution de l’un des groupes les plus originaux de sa generation.

La note des passionnés

4,0 /5

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Get Behind Me Satan