Jack White pose la regle de fer : pas d’ordinateur, pas de numerique, pas de ProTools. Les White Stripes enregistrent « Elephant » a Londres dans les studios Toe Rag sur du materiel analog des annees 60, sur des bandes 8 pistes. Le resultat est l’un des riffs de guitare les plus reconnaissables du XXIe siecle et l’un des meilleurs albums de la decennie.

Toe Rag Studios et l’analogique

Liam Watson, proprietaire des studios Toe Rag, est un obsede de la technologie vintage. Son studio est entierement equipe de machines des annees 50 et 60 : pas de numerique, pas de correction automatique, pas de copy-paste. Quand Jack White l’a contacte pour enregistrer le quatrieme album des White Stripes, il a trouve son partenaire ideal. « Elephant » est fait comme les grands albums de 1965 : en direct, en vrai, avec les erreurs et la magie que ca implique.

Le duo Jack et Meg White, anciens epoux qui prétendaient etre frere et soeur (la verite fut revelee en 2001), constitue l’une des formules musicales les plus efficaces de l’histoire recente du rock. Jack joue de tout : guitare, piano, basse, chante. Meg joue de la batterie avec une simplicite volontaire qui donne a la musique un groove particulier, presque primitif.

Seven Nation Army et l’incontournable

« Seven Nation Army » ouvre l’album avec l’un des riffs les plus reconnaissables jamais ecrits. La ligne de basse est en realite jouee sur une guitare baryton avec une pedale d’octave, une astuce typique de Jack White qui cherche toujours a faire plus avec moins. Le riff a depuis ete repris dans des stades de foot du monde entier, siffle dans les bars, joue par des fanfares scolaires. C’est l’equivalent moderne de « Satisfaction » des Rolling Stones en termes d’ubiquite culturelle.

« Hardest Button to Button » est une machine rythmique implacable, avec un riff de basse syncopé qui hypnotise. « Ball and a Biscuit » est un blues de sept minutes qui rappelle que Jack White est un guitariste bluesmanteau autant qu’un agitateur rock. « Black Math » accelere le tempo jusqu’a l’inconfort, avec une batterie de Meg qui devient presque punk.

Jack et Meg White, The White Stripes
Jack et Meg White, dont « Elephant » (2003) est l’un des albums rock les plus importants de la decennie, enregistre entierement en analogique sur des machines des annees 60

La lecon de l’economie

Ce qui fait la force de « Elephant », c’est ce qui lui manque. Pas de basse (presque jamais), pas d’overdubs excessifs, pas de corrections numeriques. La contrainte devient la liberte : avec moins de ressources, Jack White doit etre plus inventif, plus immédiat, plus personnel. Le son qui en resulte est unique et immediatement identifiable.

« Elephant » gagne le Grammy du Meilleur Album Rock en 2004. Les White Stripes font deux albums supplémentaires avant de se separer en 2011. Mais c’est ici que tout se cristallise parfaitement. L’album ideal d’un groupe ideal a son moment ideal.

La note des passionnés

4,0 /5

Pas encore noté

Donnez votre note

Continuer l'exploration

L'anthologie continue

Elephant