2003 Album

Fever to Tell

par YEAH YEAH YEAHS

4,0

Karen O monte sur scene avec une energie qui semble vouloir briser quelque chose, et pas necessairement les vitres. Les Yeah Yeah Yeahs debarquent de New York en 2003 avec un premier album plein-format qui capture exactement ce moment ou le post-punk revival rencontre l’art rock et le tout eclate en une chanson aussi etrange que « Maps ». C’est magnifique.

New York et la generation DFA

Les Yeah Yeah Yeahs forment un trio : Karen O (voix), Nick Zinner (guitare), Brian Chase (batterie). Karen O, nee Karen Lee Orzolek a Séoul avant de grandir dans le New Jersey, apporte un style visuel et une presence scenique qui la distingue immediatement de tous ses contemporains. Ses performances sont des happenings : biere renversee sur les premieres rangées, tenues fabriquees maison, une expressivite physique qui doit autant au theatre qu’au rock.

Nick Zinner joue une guitare oblique, anguleuse, qui construit des textures plutot que des solos traditionnels. Brian Chase tient le tout avec une batterie qui alterne entre la precision du post-punk et les eclats du punk le plus basique. Le trio sonne plus grand que trois personnes ont le droit d’être.

Maps et la revelation

« Maps » est le moment de grace de l’album, la chanson qui separe les Yeah Yeah Yeahs de leurs contemporains et les eleve a un niveau different. C’est une ballade : lente, vulnerable, avec une ligne de guitare qui tourne en boucle et une voix de Karen O qui porte quelque chose d’une urgence presque insupportable. Le clip montre Karen O qui pleure de vraies larmes pendant l’enregistrement. Le petit ami qu’elle attendait en studio etait arrive trop tard. L’emotion est reelle et ininterpreted.

« Date with the Night » ouvre l’album dans une direction completement differente : bruyante, rapide, nerveuse, avec une guitare qui crache et une voix qui attaque. « Pin » est plus melancolique, construite sur un groove discret. « Y Control » est peut-etre la chanson la plus directement punk de l’album, avec des paroles qui refusent la politesse.

Yeah Yeah Yeahs en concert
Yeah Yeah Yeahs, le trio new-yorkais de Karen O dont « Fever to Tell » incarne en 2003 toute l’urgence et la beaute du post-punk revival americain

L’heritage du debut

« Fever to Tell » sort sur Interscope Records et est immediatement reconnu comme l’un des albums marquants de l’annee. « Maps » devient une chanson de reference dans la decennie, reprise, samplée, citee, integree dans des bandes originales de films. C’est la mesure du succes d’une chanson : elle depasse son album et devient un objet culturel autonome.

Les Yeah Yeah Yeahs font ensuite d’excellents albums (notamment « It’s Blitz! » en 2009), mais « Fever to Tell » reste leur document le plus brut, le plus direct, le plus consequent. L’album de ceux qui n’avaient rien a perdre et tout a prouver. Une grace particuliere.

La note des passionnés

4,0 /5

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Fever to Tell