Montreal, 2004. Win Butler et Regine Chassagne enregistrent un album pendant que leurs proches meurent. Le grand-pere de Win, le grand-pere de Regine, l’oncle d’un autre membre du groupe. Ils appellent l’album « Funeral » non pas par complaisance dans le deuil, mais parce que c’est la verite. Et cette verite donne a la musique une profondeur qui change tout.
Le collectif de Montreal
Arcade Fire n’est pas un groupe au sens traditionnel. C’est un collectif d’une dizaine de musiciens, chacun jouant de plusieurs instruments, reunis autour du couple Win Butler et Regine Chassagne. Win, Americain du Texas eleve au Canada, a la stature et la voix d’un predicateur. Regine, Quebecoise d’origine haitienne, apporte une dimension theatrale et multiculturelle rare. Ensemble, ils construisent une musique qui ressemble a rien d’autre.
L’album sort sur Merge Records, label independant de Caroline du Nord, avec un budget minimal. La production est un peu rough, les arrangements sont parfois encombres, et c’est exactement ce qu’il faut. La perfection formelle aurait tue la spontaneite. « Funeral » est un album qui respire, qui deborde, qui ne sait pas exactement ou il va et qui trouve sa direction en avanant.
Neighborhood #1 et les grandes plaines du Canada
« Neighborhood #1 (Tunnels) » ouvre l’album avec une naivete desarmante et un crescendo qui fait monter les larmes. L’image est hivernale, cinematographique : deux amoureux qui creusent des tunnels sous la neige pour se rejoindre pendant que leurs parents dorment. C’est a la fois concret et fantastique, intime et universel. La suite des « Neighborhood » (il y en a quatre sur l’album) construit progressivement une mythologie particuliere.
« Wake Up » est l’hymne de l’album, peut-etre de toute la carriere du groupe. Un refrain que 50 000 personnes chantent en meme temps dans un festival, sans avoir besoin d’etre encourage. « Rebellion (Lies) » est plus agressive, avec un piano en ostinato et une accusation au monde adulte d’avoir menti aux jeunes. « Crown of Love » est une ballade d’une simplicite emouvante.

Le debut qui a change l’indie rock
« Funeral » est regulierement classe parmi les meilleurs albums du XXIe siecle dans toutes les listes de reference. Son influence sur le rock independant de la decennie suivante est considerable : il a montre qu’une musique a grand spectacle, orchestrale, emotionnellement ambitieuse, pouvait venir d’un label independant et toucher un public mondial.
Win Butler declarait dans une interview : « On voulait faire de la musique qui avait l’air de provenir d’un endroit reellement affecté par quelque chose. » Mission accomplie, et au-dela. « Funeral » est le genre d’album qui change la facon d’ecouter les autres. Ce n’est pas rien.
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